« Le design, c’est la petite couche esthétique qui fait vendre le produit »

Publié par Monique Clémens, le 19 octobre 2017

DESIGN/DOUBS. Anne Gillen s’est fait connaître du grand public sous le nom de Mademoiselle Anne (le nom de son entreprise) avec sa marque horlogère pour apprendre à lire aux enfants.
Mais son premier métier, qu’elle pratique toujours et plus que jamais en indépendante, c’est la création graphique et le design. Un métier plus indispensable que l’on ne le croit et qui gagne à être connu par les entreprises.

 

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©Olivier Perrenoud.

 

Au lendemain du Hacking Health, le marathon de l’innovation en santé organisé par le pôle Microtechniques et le Grand Besançon du 13 au 15 octobre dernier, Anne Gillen a animé un atelier sur le design auprès d’une quinzaine de porteurs de projets qu’elle a coaché pendant les 48 heures de la manifestation. Rencontre.

 

• Qu’est-ce que le design industriel ?

 

Dans l’entreprise, l’ingénieur ou le biologiste se concentrent sur leur métier. Le designer écoute, il a un sens à la fois esthétique et pratique puisqu’il connaît les contraintes de fabrication industrielle et a en tête celles du financement. Si je connais les contraintes techniques et les matériaux, je peux dessiner à peu près n’importe quoi. J’ai déjà dessiné une collection de bijoux, mais aussi un cathéter destiné à s’intégrer dans une grosse machine d’analyse du sang.
Ce que j’ai expliqué aux porteurs de projet du Hacking Health, c’est qu’il faut partir de la base : une chaise pour quoi faire ? Il ne faut pas partir avec une idée de solution mais élargir au maximum puis, ensuite, réfléchir en entonnoir.
L’entreprise, quand elle conçoit un produit, a l’idée de sa fonction, de son coût, de ses qualités de résistance. S’il intervient seulement à ce moment-là, le designer ajoutera les côtés pratiques, ergonomiques et esthétiques. Le produit sera alors cohérent, et sans cet apport le produit fonctionnera mais ce sera plus compliqué.

 

Ecole des vins

 

• Mais n’est-ce pas plus intéressant, pour un industriel, de faire appel à un designer dès la conception du produit ?

 

A la conception ou en fin de projet, les deux solutions sont bonnes. Moi, je conseille aux entreprises de faire appel à un designer au minimum en phase finale, avant de lancer le produit. Il prend le relais et tire les choses pour qu’elles soient encore meilleures.
Personnellement je fonctionne sur les contraintes, je ne dénature pas le projet, je l’améliore là où les concepteurs du produit se sont arrêtés, ce n’est pas très compliqué. Cela me semble un minimum avant de lancer un produit en série. Et autant qu’il soit malin jusqu’au bout…

 

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• Quels produits peuvent être concernés ?

 

Des meubles, du mobilier pour enfants, de l’électroménager… Le design peut intervenir partout où l’on a envie d’innover, c’est la petite couche esthétique qui fait vendre le produit. Le designer vise la finalité de l’objet.

Moi, j’ai besoin et envie de faire de l’utile, qui rende la vie plus douce et plus intelligente. Pour le cathéter, par exemple, j’ai réfléchi à ceux qui allaient l’utiliser, le patient et le médecin.

Le designer s’adresse à toutes les entreprises qui ont l’idée d’un nouveau produit mais n’arrivent pas à bien le matérialiser. Pour qu’il ne reste pas seulement une belle idée.

 

• Attardons-nous sur votre parcours, comment êtes-vous devenue designeuse ?

 

A l’âge de 14 ans, j’ai découvert l’existence du métier de designer industriel, et j’ai su que c’était ce que je voulais faire. J’ai passé un bac scientifique puis une « mise à niveau aux arts appliqués » au lycée Pasteur de Besançon, suivie d’un BTS « design industriel » au lycée Duhamel de Dole. C’était une formation géniale et je suis toujours en contact avec mes profs.
En 2000, mon BTS en poche, j’ai décidé que j’avais un bagage suffisant pour trouver du travail. Mais le design industriel était encore peu connu… J’ai d’abord fait du graphisme dans une imprimerie de Pontarlier (Doubs) avant de travailler pour Etoile Passion, qui avait racheté la marque horlogère Aktéo. J’étais responsable de collection mais je faisais un vrai travail de design, je passais mon temps à dessiner des montres…
En 2003, j’ai été embauchée en 2003 comme directrice artistique de Maty (fabricant de bijoux à Besançon, NDLR), et à partir de 2007, en parallèle, j’étais free lance en graphisme, communication, design produits et gestion de collection pour Trendy Elements (une entreprise bisontine qui conçoit et fabrique différentes marques horlogères dont la marque pour enfants Lulu Castagnette, NDLR). Mais en 2013, j’ai tout lâché pour devenir indépendante.

 

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• C’est à ce moment-là que vous avez créé votre entreprise baptisée Mademoiselle Anne ?

 

Oui, et l’idée de lancer ma propre marque de montres pour enfants est venue très vite, dès la première année. Après plusieurs mois de prospection, j’avais besoin de créer mes propres produits et les personnes auxquelles j’avais montré mon travail m’y incitaient.
J’ai lancé la collection pour enfants en 2014 et j’ai déjà vendu plus de 1.000 montres, sans compter les réveils, sortis en novembre 2016. L’idée est maintenant de faire un gros développement en passant par un distributeur. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et de me recentrer sur mon métier, la communication graphique et le design.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Besançon, design, Bourgogne Franche-Comté, Mademoiselle Anne, Hacking Health, Anne Gillen

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