Le conditionneur d’oeufs CDPO va investir 7 millions d’euros dans la Marne

Publié par Frédéric Marais, le 23 novembre 2016

AGROALIMENTAIRE/MARNE. Spécialisée dans le conditionnement et la commercialisation d’œufs, la PME d’Esternay dans la Marne va investir 7 millions d’€ dans les trois ans à venir pour agrandir et moderniser son usine.

CDPO a également fait l’acquisition cette année d’une entreprise dans le sud de la France, afin de mieux couvrir l’ensemble du territoire tout en dépassant le milliard d’œufs traités par an.

 

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Toute la chaîne de production est automatisée et bénéficie de techniques de pointe. © Frédéric Marais / Agence Info.

 

Ne vous attendez pas à croiser des poules pondeuses au pied de l’usine. Ici, à Esternay (Marne), l’activité se concentre exclusivement sur le conditionnement d’œufs. Une basse-cour en pleine zone artisanale, ça ferait un peu désordre. Et ne serait pas génial sur le plan sanitaire, ajouterait Jean-Marc Philippe, le président fondateur de CDPO (Conditionnement Distribution et Production d’Œufs).

 

« L’élevage le plus proche se trouve à 5 km d’ici », explique le dirigeant, qui précise que « 60 % des œufs sont produits dans un rayon de 250 km autour du site, tandis que 40 % proviennent de Bretagne ».


Les chiffres donnent un peu le tournis : CDPO traite 850 millions d’œufs par an, 1,05 milliard si l’on y ajoute Armor Conditionnement, société créée par ses soins en 2013 dans les Côtes-d’Armor, et Les Œufs du Soleil, société rachetée en 2016 dans l’Hérault.

 

Quelque 170 tonnes d’œufs sont traitées chaque jour à Esternay (soit 2,8 millions d’œufs), à une cadence supérieure à 200.000 œufs par heure sur deux lignes. Celles-ci tournent aux deux tiers de leur capacité nominale à cause des fréquents changements de séries.

 

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Les œufs ne sont pour ainsi dire jamais en contact avec la main de l’homme. © Frédéric Marais / Agence Info.

 

La ligne de 120.000 œufs/heure va être remplacée par une ligne de 200.000 œufs/heure. L’outil permet de préparer en même temps une quarantaine de références différentes.

 

« Trié et calibré, l’œuf subit une dizaine d’opérations avant d’être mis en boîte, mais sans jamais être touché par l’homme », souligne Jean-Marc Philippe. Toute la chaîne est en effet automatisée et robotisée pour des raisons relevant autant de l’hygiène que de l’efficacité.


La technologie permet, grâce à des caméras, de détecter les œufs sales ou cassés, et, grâce à des lampes au xénon, d’éliminer ceux qui présentent des traces de sang à l’intérieur. Des lampes à UV détruisent les bactéries présentes sur l’œuf ou les rouleaux de transfert. En revanche, l’œuf n’est jamais lavé pour éviter de supprimer la barrière antimicrobienne.

 

Le succès des œufs « alternatifs »

 

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Caméras et lamps au xénon pour détecter les oeufs abîmés. © Frédéric Marais/Agence Info.

 

Au bout du processus, seuls 5 % des œufs sont déclassés parce qu’ils sont sales, fêlés ou sans jaune. Vendus à des casseurs, ils finissent sous forme de pâtes ou de plats préparés. Le taux de perte plafonne à 0,4 %, et encore ne peut-on pas parler de déchet, puisque les œufs sont desséchés et réduits en poudre pour nourrir les animaux.


Les trois quarts de la production de CDPO se retrouvent en rayon dans les grandes surfaces sous la marque du distributeur (MDD), 17 % est vendue sous la marque de l’entreprise (Pleine Forme) et 5 % part chez les grossistes.

 

« Nous avons à peu près 350 références et 1.300 points de livraison, de la petite épicerie cachère à la plate-forme de distribution, livrés en partie par notre propre flotte de camions », expose le président.

 

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Ces dernières années ont vu émerger une gamme d’œufs dits « alternatifs », sur laquelle CDPO s’est très tôt positionné et où il fait un peu figure de précurseur : œufs bio, Label Rouge, plein air ou sol.

 

« Les oeufs dits alternatifs représentent aujourd’hui 45 % de notre chiffre d’affaires, avec 5 % de croissance par an, alors que les œufs cage (provenant de poules enfermées) représentaient naguère 90 % de l’activité. »


C’est pourquoi CDPO n’aide plus aujourd’hui à s’installer que des éleveurs « alternatifs ». La PME s’approvisionne en effet dans des élevages qui travaillent exclusivement pour elle, sur la base de contrats de 3 à 12 ans garantissant au producteur une marge constante, indexée sur le prix de l’alimentation. Ils sont 170 dans ce cas entre Esternay et la Bretagne.


La gamme inclut également les œufs sans OGM, les œufs riches en oméga-3, les œufs blancs ou roux… qui attestent de l’appétence des Français pour cet aliment : nous consommons l’équivalent de 235 œufs par an et par habitant, et pour le coup le coq gaulois est fier de ses racines.

 

CDPO insiste dans sa communication sur l’origine française de ses élevages et des aliments servis aux volailles. Chaque œuf est d’ailleurs parfaitement traçable.

 

Troisième extension pour donner de l’air au service expéditions

 

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Les oeufs alternatifs (sans OGM, labellisés, enrichis) représentent aujourd’hui 45 % du chiffre d’affaires. © Frédéric Marais/Agence Info.

 

Tous ces facteurs mis bout à bout expliquent la croissance exponentielle de cette PME familiale créée en 1993 en Seine-et-Marne par deux frères agriculteurs qui cherchaient à se diversifier, et qui a déménagé en 2003 à Esternay : 2,9 millions d’€ de chiffre d’affaires au démarrage, 120 millions d’€ en 2016, avec 180 personnes réparties sur les trois sites (dont 130 dans la Marne).

 

« Cette croissance était nécessaire pour avoir une couverture nationale, obtenir la reconnaissance de la grande distribution, maintenir nos marges et assurer la pérennité du groupe », explique Jean-Marc Philippe.

 

Sa société est devenue le premier opérateur indépendant de France, et le 2ème ou 3ème intervenant sur ce marché qui repose sur une demi-douzaine de majors. « Nous sommes leaders en région parisienne et très bien implantés dans le Sud de la France », précise le président.

 

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L’usine d’Esternay a planifié une troisième extension en 2017 pour donner de l’air au service expéditions, et poursuivre l’automatisation de son process. L'investissement s'élève à 7 millions d'€. Une mutation qui ne s’opérera pas au détriment de l’emploi, bien au contraire, puisque CDPO est en train de procéder à une douzaine d’embauches sur ses trois sites. L’augmentation des volumes compense les gains de temps.

 

Le recrutement est du reste l’une des hantises de l’entreprise, qui peine à trouver les techniciens et les ingénieurs dont elle a besoin, en particulier des conducteurs de ligne et des techniciens de maintenance. « On est obligé de débaucher des salariés et de les former en interne. »

 

Pas de quoi freiner l’ardeur à se développer de CDPO, qui entend toutefois marquer une pause et savourer ce milliard d’œufs atteint.

 

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Jean-Marc Philippe entouré de sa femme Pascaline et de sa fille Anne-Sophie. © Frédéric Marais / Agence Info.

Qui est Jean-Marc Philippe ?

 

Jean-Marc Philippe a créé CDPO avec son frère Dominique et leurs épouses respectives. Si Dominique a quitté depuis la société, il n’en demeure pas moins entièrement dévoué à la cause familiale puisqu’il élève 200.000 poules chargées de ravitailler Esternay en œufs.

 

A 58 ans, Jean-Marc Philippe reste « à la base », selon ses propres dires, un « terrien », un paysan « fier de l’être ». Son seul regret, ne plus avoir le temps de monter sur son tracteur et labourer les 270 hectares de blé, de maïs et de colza qu’il possède encore.

 

Il est entouré à la tête de la société de sa femme Pascaline, de sa fille Anne-Sophie et de son fils Marc-Henri, qui tous occupent un poste de direction.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Grand Est, recrutement, Investissement, Marne, CDPO, oeufs, Conditionnement Distribution et Production d’Œufs, Armor Conditionnement, Les Œufs du Soleil, Jean-Marc Philippe

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