« L'horlogerie de demain sera connectée ; celui qui n'y croit pas vit dans une grotte »

Publié par Pierre-Yves Ratti, le 12 avril 2017

AVIS D’EXPERT/SUISSE. Guy Sémon, le directeur général de l'horloger suisse Tag Heuer était, vendredi dernier 7 avril, l'invité du Club Affaires de Belfort – Montbéliard, dans le cadre de son partenariat avec le lycée Cuvier de Montbéliard, où il a lui-même été étudiant.

Devant un parterre de chefs d'entreprises, il s'est fait le chantre de l'innovation comme mode de management. Morceaux choisis.

 

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Guy Sémon, directeur général de Tag Heuer (à gauche) avec Daniel Jakubzak, président du Club Affaires de l'aire urbaine Belfort-Montbéliard.

 

Guy Sémon n'est pas horloger de formation : il est ingénieur. Pour autant, le directeur général de Tag Heuer, originaire de Montbéliard (Doubs), dirige une entreprise d'horlogerie suisse créée en 1860 : « le leader mondial des chronographes de prestige », comme il aime à définir son entreprise, propriété du groupe LVMH.

 

Le siège est installé à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière du Doubs ; elle compte trois usines dans le Jura suisse et un centre de recherche à... Palo-Alto, en Californie.


Un ingénieur à la tête d'une entreprise de mécanique traditionnelle : cela n'est pas le fruit du hasard.

 

A l'écoute de la conférence organisée vendredi 7 avril au lycée général et technologique Cuvier de Montbéliard par le Club Affaires de l'Aire urbaine Belfort - Montbéliard, on comprend que l'horloger suisse se prépare à affronter une révolution technologique déjà en marche.

 

L'horlogerie, un métier traditionnel qui va devoir s'adapter pour survivre aux évolutions technologiques.


Guy Sémon s'est d'abord attaché à retracer l'histoire de l'horlogerie afin de montrer pourquoi cette activité a, à la fois « très peu évolué », mais « va fortement évoluer ». Depuis le mouvement de Huygens créé en 1667, le directeur général de Tag Heuer estime que peu de choses ont été inventées jusque dans les années 1970.

 

Au 18e siècle, estime-t-il « l'horlogerie est au bout des doigts : on n'en a pas une connaissance théorique ». Autrement dit, la connaissance est artisanale, et non scientifique. Ce qu'il faut comprendre, dans la bouche de cet ingénieur, comme un hommage au savoir-faire des horlogers.


Les dernières évolutions sont venues avec les montres à quartz japonaises dans les années 1970 et avec la Swatch dans les années 1980. la preuve que l'horlogerie est une des industries qui a le moins bougé, estime-t-il  : « on vend encore des technologies de la fin des années soixante. »

 

Si le 19e siècle a donné naissance à la première théorie des mécanismes, la première vraie remise en cause du principe de Huygens n’intervient pas avant le… 21e siècle, avec les premières montres connectées en 2015 ! « La première souris d'ordinateur est arrivée en 1984 et a révolutionné l'informatique. On va vivre la même chose avec la montre connectée », avertit Guy Sémon.

 

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L'innovation, un état d'esprit.


Ingénieur de formation, l’innovation, est naturellement le domaine de prédilection de Guy Sémon. Sa nomination à la tête de Tag Heuer est une décision éminemment stratégique, raconte-t-il. « Nous sommes la seule marque d'horlogerie confiée à un ingénieur, parce que nous sommes une marque innovante  », assure-t-il. « Mon métier, c'est de transformer une idée de base en économie. »

 

Pour y parvenir, l’ingénieur a cependant besoin de s’entourer de créatifs. « Ceux qui créent les montres, ce ne sont pas les horlogers, mais les ingénieurs. Mais on est complémentaires : ce que font les ingénieurs, les horlogers ne savent pas le faire. Et ce que font les horlogers, les ingénieurs ne savent pas le faire... ».

 

C’est pourquoi l’entreprise recrute en recherche et développement pour imaginer les montres de demain : « Il me faut des 25 – 35 ans, d'écoles différentes et de nationalités différentes. Allez voir dans la Silicon Vallée : ils n'ont aucune inhibition ! »

 

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Guy Sémon. © Pierre-Yves Ratti.

 

La montre suisse de demain, sans doute une alliance de technologie et de tradition.


Mais comment le métier d’horloger va t-il évoluer dans un contexte qui, de premier abord, lui semble peu favorable ? Guy Sémon l'a dit et répété, la génération Y n'a pas de montre, elle lit l'heure sur son smartphone. Face à ce constat, le directeur général de Tag Heuer espère que les erreurs du passé ne se renouvelleront pas.

 

« Notre boulot, c'est de créer des emplois pérennes. Dans les années soixante, il aurait peut-être fallu investir plus dans la recherche et le développement pour faire face à l'arrivée des montres à quartz japonaises ».


Aux défenseurs du savoir-faire et de la tradition horlogères face aux montres connectées d'Apple ou de Samsung, il rétorque : « Elle ne vous plaît pas la montre Samsung, OK. Mais il y a 6 millions de personnes qui l'achètent, donc 6 millions de personnes à qui elle plaît ». Et de rappeler que lorsque Tag Heuer a lancé sa montre connectée en 2015, 4 millions d'impressions Internet ont été enregistrées en deux jours.


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« Il faut être capable de se projeter, martèle Guy Sémon. La société de demain sera connectée ; celui qui n'y croit pas vit dans une grotte. » Avant cinq ans, parie-t-il, des écrans flexibles arriveront sur le marché et le transfert de la puissance de calcul dans le Cloud permettra de réaliser des objets miniaturisés avec des fonctionnalités que l'on entrevoit encore à peine.


Pour autant l'horlogerie a sa carte à jouer, à côté des mastodontes de l'informatique. « On peut transformer une montre connectée en une montre mécanique. Là, les horlogers suisses ont une carte à jouer. Nous, on vend une émotion ; la Silicon Vallée vend du rationnel. L'horlogerie suisse s'ouvre sur une nouvelle ère avec la montre connectée. » Une façon de réconcilier la tradition et l'innovation, l'horloger avec l’ingénieur…



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Montbéliard, horlogerie, Tag Heuer, recherche et développement, club affaires de l'aire urbaine Belfort-Montbéliard, Bourgogne Franche-Comté, lycée Cuvier de Montbéliard, montre connectée, Guy Sémon

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