« La pénurie de main d’œuvre qualifiée dans l’industrie nous oblige à proposer une personne plutôt qu’un CV »

Publié par Didier Hugue, le 14 septembre 2017

AVIS D’EXPERT/EMPLOI. David Sauvan dirige dans le Doubs trois agences d’emploi franchisées Temporis (*) et spécialisées dans l’intérim, principalement pour l’industrie.

Avec ce début de reprise économique, il constate la faillite d’un système de formation initiale qui n’a jamais su ou voulu épouser et, encore moins, anticiper les besoins de recrutement des industriels.

Alors, avec son équipe, il fait montre d’adaptation comme d’imagination pour satisfaire sa centaine de clients chez qui il salarie un volant de 250 intérimaires douze mois sur douze. Les entreprises s’appellent Cheval Frères, Maty, Guillin Emballages, MB Peinture, EMCO

 

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© Temporis Besançon.

 

• Quel constat faites-vous sur l’emploi industriel en général et, plus particulièrement, sur celui du département du Doubs où vous êtes triplement installé ?

 

Le reprise économique a pour effet dévastateur qu’il manque des centaines de milliers de postes au total dans les entreprises industrielles de notre pays. Et tout particulièrement dans les PME/PMI. Rien que pour la maintenance des équipements, je crois que le nombre dépasse les 150.000 postes à pouvoir.

 

Cette situation découle d’une faillite régulière de notre système de formation initiale et d’un manque chronique de valorisation de l’apprentissage, voie royale pour apprendre un métier industriel du CAP au diplôme d’ingénieur.

 

Elle est, en outre, durablement affectée par le phénomène de la pyramide des âges qui fait que de très nombreux professionnels, qualifiés et très expérimentés, font valoir leurs droits à la retraite. Le problème ne sera pas résolu que par une réponse seulement politique. Il faut faire évoluer les mentalités des parents et des enseignants du secondaire pour qu’il considèrent les métiers manuels en général comme un ascenseur social.

 

Je reprends mon exemple du technicien de maintenance qui doit tout à la fois aujourd’hui être mécanicien, électricien, électronicien et, de plus en plus, informaticien. J’ai l’exemple d’un jeune homme qui vient de réussir son BTS spécialisé en alternance et, a été embauché par son entreprise formatrice à 2.000 € brut, hors avantages complémentaires.

 

Le département du Doubs, où nous sommes installés : à Besançon, Ornans et Saint-Vit, amplifie ce constat national, car il compte parmi les les plus industriels. Pas moins de 85% de notre activité consiste à placer en intérim 250 personnes chaque mois de l’année dans plus d’une centaine d’entreprises locales. Pas moins d’un sur quatre finit par une embauche définitive. Guillin Emballages à Ornans m’embauche ainsi six à sept intérimaires chaque mois.

 

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• Dans ce département révélateur d’un manque de personnel qualifié, quels sont les métiers en tension ?

 

Je pourrais vous faire un inventaire à la Prévert des plus fastidieux. Les principaux sont toutefois : opérateur-régleur sur équipement à commande numérique, régleur en injection plastique, technicien de maintenance de tout type, outilleur-mouliste et chaudronnier-soudeur.

Pardonnez-moi, j’oublie aussi tourneur-fraiseur et usineur en général.

 

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L'agence Temporis de Besançon.

• Vos méthodes d’évaluation des candidats ont-t-elles évolué ?

 

C’est le jour et la nuit par rapport à ce que nous avons pratiqué il y a une quinzaine d’années. Auparavant, nous vendions une qualification, un CV. Aujourd’hui, nous proposons une personne, un savoir-être, un potentiel.

 

En intérim, le candidat recherche déjà le salaire, puis l’environnement de travail. Nous l’évaluons sur sa ponctualité, sa présentation, sa curiosité, mais aussi sa discrétion.

 

Chez Temporis, tous les candidats sont aussi appréciés, selon leurs références auprès de leurs trois derniers employeurs et, pour un apprenti, directement auprès de son maître d’apprentissage.

 

• Les exigences des chefs d’entreprise ont-t-elles aussi évolué ?

 

Les employeurs ne discutent pas le salaire et utilisent l’intérim pour embaucher. Cela leur sert de période d’essai. Ils ne regardent plus trop le passé professionnel. Ils recherchent des collaborateurs qui souhaitent bosser, s’intégrer et évoluer.

 

Avec l’expérience acquise, je sais comment proposer telle personne dans cette entreprise et non pas celle-là. Ce n’est pas une question de qualification ou de tâches à accomplir, mais d’ambiance de travail selon les personnalités.

 

Il y a toutefois chez certains intérimaires des déviances qui montrent la tension du marché. Je prends l’exemple d’un outilleur-mouliste qui, à la moindre remarque, vient nous voir en disant : « Changez-moi d’entreprise, j’arrête là où le suis. » Une vraie diva !

 

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• L’intérim est-il devenu au fil du temps un style de vie professionnelle ?

 

Oui, et c’est aussi une vraie manière de conduire une carrière. Je la conseille à des personnes mûres intellectuellement, qualifiées, ouvertes d’esprit et avec d’une très bonne faculté d’adaptation.

 

• Combien coûte à l’entreprise trois mois d’intérim ?

 

Tout dépend du poste, mais nous facturons en moyenne un trimestre entre 8.500 et 9.000 € (salaire et charges + coût de la mission Ndlr).

 

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David Sauvan. © Temporis.

• Pourquoi montez-vous à Besançon une agence d’emploi, uniquement spécialisée dans le recrutement ? 

 

Parce qu’il y a de la demande. Elle se situera juste à côté de notre agence de travail temporaire, avenue Carnot à Besançon, et elle représente pour nous à une véritable opportunité de développement.

 

Nous sommes évidemment autorisés, en tant que spécialiste de l’intérim, à recruter, mais dans ce cas précis, ce seront d’autres profils que nous proposerons : ingénieurs, cadres commerciaux, techniciens supérieurs…

 

Trouver le bon professionnel, au bon moment et au bon endroit sera, je l’espère, notre avantage concurrentiel.

 

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Qui est David Sauvan ?

 

Son regard vous balaie de la tête aux pieds et on se sent juste un instant tout petit. Et puis, cet homme de 41 ans se révèle par une incroyable empathie. Dijonnais d’origine et titulaire d’un BTS force de vente, David Sauvan intègre un grand groupe, spécialisé dans l’intérim.

Il y reste une dizaine d’années puis le quitte pour voler de ses propres ailes. Bien lui en prend avec l’enseigne Temporis pour laquelle il crée trois agences en Franche-Comté. Sa société réalise 7,1 millions d’€ de chiffre d’affaires et emploie 7 collaborateurs.

 

(*) Temporis est une enseigne de travail temporaire qui a pour franchiseur la société Valoris Développement. Né en 2000, ce réseau compte maintenant près de 150 agences.

La moitié des franchisés ne viennent pas du monde du recrutement ou de l’intérim. Pour les épauler, Valoris Développement met à leur disposition un certain nombre de services transversaux : juridique, communication, formation… L’entraide est aussi une valeur défendue par le réseau. Tout nouveau franchisé se voit ainsi épaulé un certain temps par les plus anciens.  



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : intérim, travail temporaire, Bourgogne Franche-Comté, Temporis, David Sauvan

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