« La chimie alsacienne a besoin des PME innovantes »

Publié par Christian Robischon, le 10 juillet 2013
Savino Leone, président de l’Union des industries chimiques d’Alsace et directeur de l’usine Solvay-Rhodia de Chalampé (Haut-Rhin).
Savino Leone, président de l’Union des industries chimiques d’Alsace et directeur de l’usine Solvay-Rhodia de Chalampé (Haut-Rhin).

POINT DE VUE. Président de l’Union des industries chimiques d’Alsace et directeur de l’usine Solvay-Rhodia de Chalampé (Haut-Rhin, 980 salariés), Savino Leone bat en brèche quelques idées préconçues sur le secteur.

Il appelle à une mobilisation pour la compétitivité qui passe par la question énergétique, mais aussi par le renforcement des liens avec le tissu local de PME.

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Idée reçue numéro 1 : la chimie ne fait que licencier. Qu’en est-il en Alsace ?

L’an dernier, nos adhérents ont embauché 590 personnes dans la région. Compte tenu des départs en retraite induits par la pyramide des âges, ceci a permis de stabiliser les effectifs totaux à 7 500 pour les salariés relevant de la convention collective chimie et à 15 000 au sens large, par extension à la pharmacie. En 2011 déjà, nous avions recensé 630 recrutements. Pour 2013, la prévision est affichée à 260 embauches, mais nous savons les entreprises traditionnellement prudentes. On peut s’attendre à un chiffre effectif similaire à celui de 2012.

Nous rencontrons paradoxalement des difficultés de recrutement, on observe une vraie tension sur les métiers de techniciens ou de la maintenance, par exemple. Nous multiplions les actions pour aller à la rencontre des jeunes et changer l’image de la chimie : participation à cinq salons emploi-formation l’an dernier, organisation des Olympiades de la chimie dans les lycées, rencontre de plus de 2 000 jeunes par des conférences en collèges et lycées, accueil de 250 stagiaires. L'an dernier en Alsace, le secteur a recruté 120 jeunes en contrat par alternance, avec de réelles perspectives d’embauche à la suite : à Chalampé, nous embauchons 70 % des 60 jeunes accueillis en alternance.

Idée reçue numéro 2, l’investissement est au point mort…

Pas moins de 220 millions d’€ d’investissements sont prévus en 2013 parmi nos adhérents. Les questions de sécurité et d’environnement représentent certes près de la moitié du total, mais l’effort porte aussi sur des changements de procédés, de nouveaux ateliers, le lancement de nouveaux produits et des augmentations des capacités. L’investissement de PPC à Thann (Haut-Rhin) vient booster les chiffres (Relire notre article : Pourquoi PPC investit 53 millions d'€ à Thann). Ces dernières années, l’investissement annuel se situait plutôt autour de 150 millions d’€.

La notion de filière a-t-elle une réalité, au sens d’une relation avec les PME et les fournisseurs ?

Dans le secteur de la chimie tout d’abord, les PME représentent une vraie force. Certes, les deux tiers des effectifs alsaciens se concentrent dans 15 grands établissements, mais cela signifie qu’un nombre non négligeable de salariés sont employés dans des PME en aval, pour la formulation, la transformation…

Auprès des PME de la chimie et des autres secteurs, nous souhaitons créer une dynamique de filière autour de l’innovation. Nous relayons activement les initiatives nationales lancées récemment par l’État et l’Union des Industries Chimiques (UIC).

Nous faisons procéder à une cartographie des PME qui se montrent innovantes et qui auront besoin d’être aidées. Pour cela, un plan d’action sera arrêté d’ici à la fin de l’année. La chimie alsacienne a besoin des PME.

Quels défis énergétiques particuliers, donc stratégiques, l’Alsace doit-elle relever ?

Comme ailleurs en France, nous subissons de plein fouet la problématique des gaz de schiste. Aux Etats-Unis, le gaz est devenu trois à quatre fois moins cher, cela constitue un point fort de distorsion de compétitivité. Les concurrents de l’usine Solvay de Chalampé que je dirige sont américains. Nous faisons le maximum pour améliorer les rendements de façon à consommer moins de gaz, mais l’exercice a ses limites.

De l’autre côté de la frontière, l’Allemagne a mis en place un système de soutien aux industries électro-intensives (fortes consommatrices d’électricité), dont la chimie. Ce plan de 10 milliards d’€ par an renverse le rapport de forces : d’un prix de base de l’électricité supérieur à la France, l’Allemagne  parvient à un prix final inférieur, après prise en compte des taxes, des compensations C02, des mécanismes de soutien : 35 à 37 € le mégawattheure, contre 46,9 en France (**).

En Alsace, nous sommes donc particulièrement sensibles à la revendication de l’Union des industries chimiques en faveur d’un dispositif français de soutien aux électro-intensifs qui s’aligne sur le niveau déployé en Allemagne.

(**) Source Uniden, Union nationale des industries utilisatrices d’énergie.

Crédit photo : Christian Robischon



Roger Martin BTP
Article classé dans : Emploi - Formation
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Mots-clés : Alsace, Haut-Rhin, recrutement, Investissement, Chimie, Savino Leone, Solvay-Rhodia, Union des Industries Chimiques, défi énergétique

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