Portrait économique de la future grande région Bourgogne Franche-Comté

Publié par Christiane Perruchot, le 04 décembre 2015

ELECTIONS RÉGIONALES. Deux régions complémentaires : c’est ainsi que les diverses études qu’a suscité la fusion des régions définissent la future Bourgogne Franche-Comté qui prendra officiellement corps le 4 janvier 2016, avec l’élection du président issu du scrutin de ces 6 et 13 décembre.

Portrait d'une région qui ne se résume pas aux grands crus de Bourgogne et au fromage de Comté.

 

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Le site Alstom Power de Belfort repris par GE. © Pierre-Yves Ratti.

 

Les futures « mariées » apportent chacune une dote de nature différente au sein de ce nouvel ensemble, constate l’Agence d’urbanisme de l’agglomération de Besançon. « La Franche-Comté tend à rajeunir le territoire et par son ouverture vers la Suisse, tire le revenu global à la hausse grâce à l’emploi frontalier. La Bourgogne apporte un potentiel grâce à son ouverture sur la région Île-de-France et au rayonnement du sillon viticole qui favorise le développement du tertiaire marchand. »

 

Si l’on ajoute le fait que les exécutifs actuels - Marie-Guite Dufay, présidente du conseil régional de Franche-Comté qui se représente sous les couleurs du parti socialiste, et François Patriat qui ne sollicite pas de nouveau mandat - ont dès mai 2014 dit leur volonté de réaliser la fusion de leurs régions, tout pourrait sembler aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

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Et pourtant les indicateurs démographiques et économiques ne sont pas très favorables au nouvel ensemble de huit départements (1) où population et activité économique se concentrent dans un croissant urbain qui longe les vallées de la Saône et du Doubs, de Mâcon à Belfort.  Dijon en sera la capitale. Son aire urbaine avec 377 580 habitants (Insee, 2012) a détrôné Besançon, actuelle capitale de la Franche-Comté qui totalise 246 841 habitants.

 

Une région qui "décroche" depuis 25 ans

 

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Malgré ses difficultés actuelles, l'industrie nucléaire (ici les ateliers d'Areva à Chalon-sur-Saône) fait vivre une centaine d'entreprises et entre 10 et 15 000 salariés. ©Alexandra Quatrain.

 

Avec 2,8 millions d’habitants, la Bourgogne Franche-Comté est l’une des moins peuplées des nouvelles régions (devant le Centre et la Corse) et son PIB (produit intérieur brut) de 72,89 milliards d’€ (Insee, 2012) en fait l’une des trois régions les plus pauvres : 25 817 € par habitant contre 27 069 € pour sa voisine Alsace Lorraine Champagne-Ardenne.

 

Le salaire moyen est de 23 000 € contre 25 900 en moyenne nationale.

 

C’est le résultat de 25 années de faible croissance en Bourgogne et même de récession en Franche-Comté. Depuis la crise économique de 2008 (2), toutes les deux figurent au tableau des régions qui ont perdu le plus d’emplois : 25 000 dont plus de la moitié dans l’industrie en Bourgogne, et 18 000 en Franche-Comté dont un recul de 2,3% par an dans l’industrie.

 

L’impact est d’autant plus fort que la nouvelle région se classe comme la plus industrielle de France avec 17,3% d’emplois dans les activités de production. Ainsi, le taux de chômage s’envole dans les bassins d’emploi historiquement industriels de Belfort-Montbéliard et Le Creusot-Montceau : à la fin de 2014, il était supérieur à 12%.

 

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« Le développement économique constitue le premier défi de la future grande région », commente l’Institut Montaigne. L’observation peut paraître banale car le conseil régional sera désormais le seul à pouvoir attribuer des aides aux entreprises et a également, parmi ses autres compétences, la formation des demandeurs d’emploi et la formation professionnelle.

 

Des moyens modestes

 

Elle est cependant pertinente car la nouvelle région disposera de moyens modestes. Le budget prévisionnel de 1,177 milliard d’€, issu de l’addition des deux actuels (685,3 millions en Bourgogne et 492,3 en Franche-Comté)  ne lui laisse pas d'autre choix, quelque soit le nouvel exécutif, que de se recentrer sur ses compétences obligatoires (le transport ferroviaire et les lycées, en plus de celles citées ci-dessus).

 

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Montage sur une 308 sur le site de PSA Sochaux. ©PSA.

 

Pour compenser le manque de ressources liées au recul des dotations de l'Etat et à la baisse mécanique des recettes fiscales à cause de la conjoncture atone (la taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques (ex-TIPP) ainsi que la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises, l'ex taxe professionnelle), et tout de même investir, la Bourgogne Franche-Comté pourra actionner l’emprunt, acte qui toutefois reste un choix politique.

 

Car l’encours cumulé de la dette (675 millions d’€ au 31 décembre 2014) donne aux deux régions une capacité de désendettement inférieure à cinq ans, niveau considéré raisonnable pour les collectivités locales.

 

Des savoir-faire métallurgiques et mécaniciens

 

La Bourgogne ne se limite pas aux grands crus de bourgogne et la Franche-Comté au fromage d’appellation d’origine (AOP), notamment le Comté ! Paradoxalement, l’industrie qui est son point faible est aussi un atout.

 

Malgré leurs difficultés cycliques en terme d’emplois, les poids lourds - PSA Peugeot-Citroën à Sochaux, Areva en Saône-et-Loire, Alstom Transport avec trois usines au Creusot, à Belfort et à Ornans ainsi que General Electric à Belfort -,  font vivre une kyrielle de petites entreprises, avec des compétences très pointues et porteuses d’une forte valeur ajoutée.

 

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Dixi Microtechniques s'apprête à un décollage depuis Besançon.

 

Ces spécificités qui placent souvent la région sur le devant de la scène nationale voire internationale sont structurées en filières, pôles de compétitivité ou clusters qui démontrent la capacité des industriels à se fédérer : les microtechniques à Besançon issus d’une tradition horlogère qui renaît dans le haut de gamme, l’industrie nucléaire en Bourgogne qui fait vivre plus d'une centaine de PME de la métallurgie et de la mécanique,  le pôle Véhicule du Futur à Belfort et Montbéliard à la recherche de nouveaux modes de déplacement.

 

Pour conforter ces atouts, la structure économique des deux régions affiche peu de concurrence directe.

 

A part le biomédical que Besançon développe avec son savoir-faire issu des microtechniques et Dijon hérite d’une tradition pharmaceutique.

 

La Bourgogne Franche-Comté dispose aussi d’un réseau d’infrastructures autoroutières et ferroviaires qui ne porte pas que le transit international, mais donne de la valeur ajoutée au transport des marchandises et des personnes.

 

Ce n’est pas par hasard que de gros opérateurs en logistique  - à l’instar d’Amazon, Vente Privée ou Rhenus Logistics, pour le compte du e-commerçant animalier Zoo Plus - se sont installées en bordure de l’A6 à Chalon-sur-Saône et à Beaune. La nouvelle région peut aussi peut aussi se nourrir de sa position géographique entre l’Ile-de-France, Rhône-Alpes et l’Alsace, et jusqu’à la frontière suisse qui fait vivre 32 000 frontaliers en Franche-Comté.

 

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Le logisticien Rhenus exploite une plate-forme à Chalon-sur-Saône pour le compte du e-commerçant animalier Zoo Plus.

 

Enseignant chercheur au laboratoire de géographie Théma, une unité mixte de recherche de l’université de Franche-Comté et du CNRS également installée à Dijon depuis une vingtaine d’années, Pascal Bérion rappelle que quatre aéroports internationaux (3) situent le centre de la région à moins de deux heures. Finalement, la nouvelle région, même petite, occupe une place de choix  dans l’hexagone.

 

(1) Côte-d'Or, Saône-et-Loire, Nièvre, Yonne, Doubs, Haute-Saône, Jura, Territoire de Belfort.

(2) Source : Institut Montaigne

(3) Lyon Satolas, Mulhouse-Bâle, Paris-Roissy, Genève.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires

Mots-clés : Franche-Comté, Bourgogne, conseil régional, industrie, fusion des régions, élections régionales

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1 réponse(s) à "Portrait économique de la future grande région Bourgogne Franche-Comté"

  1. Nicolas Duranddit :

    Très bon article, très orienté industrie et services, or l'économie, c'est aussi l'agriculture... Et dans ce domaine, la région BFC est un poids lourds français. Certes, dans ce domaine là aussi en crise, hormis pour certains secteurs (vins, AOP fromagères...). Un paragraphe aurait pu y être consacré... La critique se veut constructive. Très bon article pour le reste.

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