L’IGBMC à Strasbourg : un exemple d’échanges fructueux entre recherche et industrie

Publié par Julie Giorgi, le 22 mars 2017

IMAGERIE MÉDICALE/GRAND EST. Le centre d’imagerie de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) a développé depuis trois ans un système de microscope ultra sensible.

Une machine unique n’a jamais été développée ailleurs dans le monde au service de la recherche moléculaire - lutte contre des maladies génétiques et certains cancers - mais qui peut avoir des applications industrielles, dans l'industrie des matériaux notamment.

Une découverte en marge du salon Enova des technologies pour les innovations de demain qui s’est déroulé les 15 et 16 mars à Strasbourg.

 

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Nicolas Lemercier, responsable du service de microcopie électronique au sein du Centre d'imagerie, devant l’appareil « CLEM 2.0 », qui intègre un microscope ultra-sensible et un système de coupe. © Julie Giorgi.

 

A première vue, on pourrait croire que le monde de la génétique et de la biologie et le monde de l’industrie sont bien séparés, chacun possédant ses propres logiques et mode de fonctionnement. Pourtant, au sein de l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) à Strasbourg, ces deux mondes collaborent depuis 1994, et servent le progrès scientifique.

 

Au centre d’imagerie de l’IGBMC, les ingénieurs conçoivent des outils sur-mesure pour répondre aux besoins des chercheurs. Certains d’entre eux, comme Didier Hentsch, sont d’ailleurs issus de l’industrie.

 

« Cela nous permet de parler le même langage. Nous servons de lien entre les chercheurs et les industriels », affirme-t-il. Concernant les chercheurs : leurs problématiques scientifiques sont traduites concrètement en un montage matériel ou une approche méthodologique. Les industriels, quant à eux, bénéficient d’une avance prospective et trouvent de nouvelles applications à leurs technologies.

 

Grâce à des liens étroits entretenus avec les industriels depuis la création de l’institut en 1994, les ingénieurs ont accès à des équipements de pointe auprès de différents fabricants spécialisés. Les impératifs de la recherche et l’offre du marché imposent la création d’outils totalement inédits.

 

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Par exemple, pour observer les gènes impliqués dans le développement embryonnaires et responsables de maladies congénitales, les chercheurs ont besoin de travailler à l’échelle d’un organisme entier, en l’occurrence un embryon de souris. Infrastructure de l’IGBMC, l’Institut clinique de la souris (ICS) est un centre dédié à la souris, spécialisé dans la recherche translationnelle et la génomique fonctionnelle.

 

Mais observer des échantillons de grande dimension (de l’ordre du centimètre) s’avère difficile car les industriels, en investissant massivement dans le domaine microscopique pour voir l’infiniment petit, ont délaissé le champ macroscopique.

 

Les ingénieurs de l’institut ont donc construit un outil totalement innovant qui permet d’observer des échantillons en 3D à partir d’images prises selon différents angles de vue, selon une technique similaire au scanner.

 

Des outils d’imagerie « sur mesure »

 

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L’OPT (Optical Projection Tomography) permet d’observer de gros échantillons en trois dimensions. © IGBMC.

 

Les compétences poussées en macroscopie du centre d’imagerie ont permis une mise en place optimale de ce nouveau système. La société Leica est très intéressée par ce développement car il s’agit d’un tout nouveau type d’imagerie. Pas moins de 10 entreprises sont intervenues sur ce matériel.

 

Le système Owis permet la rotation de l’échantillon à 360°C, Leica a fourni le macroscope, la société Hamamatsu la caméra, Thorlabs et Edmunds Optics ont produit les équipements optiques, etc. Des industriels fabriquant des puces pour les nanotechnologies ont également participé à quelques éléments de l’appareil.


Rien à voir avec la biologie des souris… Mais en amalgamant plusieurs technologies, l’IGBMC est parvenu à produire un appareil ultra performant qui permet d’observer en trois dimensions les différences précises à de multiples niveaux entre des embryons de souris normales ou mutées.

 

A terme, cet outil pourrait aider à déterminer la chronologie de l’activation spatio-temporelle des gènes au cours du développement embryonnaire et ainsi mieux cerner les fenêtres de développement au cours desquelles l’embryon est particulièrement vulnérable.

 

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Dans une même logique qui consiste à combiner des modules instrumentaux issus de différents fournisseurs, le centre d’imagerie de l’IGBMC a développé depuis trois ans un système de microscope ultra sensible associé à un microtome (instrument permettant de réaliser des coupes).

 

Grâce à ce nouveau système, les chercheurs peuvent localiser les molécules d’intérêt dans leur échantillon à chaque étape du processus de coupe, ce qui offre des résultats très précis et un gain de temps considérable. Cette machine unique n’a jamais été développée ailleurs dans le monde.

 

« La prochaine étape sera sa duplication. Elle pourra être commercialisée via un système de licence. Et nous irons présenter le protocole dans des salons à l’international », annonce Nicolas Lemercier, responsable du service de microcopie électronique au sein du Centre d'imagerie de l’IGBMC.

 

Des avancées pour la médecine et l’industrie des polymères

 

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Didier Hentsch devant le système OPT.

 

Les deux appareils créés par le centre d’imagerie vont permettre de mieux comprendre certaines maladies génétiques (comme la myopathie), certains cancers mais peuvent également avoir un impact dans l'industrie des matériaux comme les polymères par exemple.

 

Les industriels qui travaillent avec l’IGBMC bénéficient d’une connexion directe avec les chercheurs, ce qui leur ouvre des marchés, surtout dans le monde médical. « Certaines entreprises nous sollicitent régulièrement pour assurer la formation de leurs technico-commerciaux, afin qu’ils aient conscience des différentes applications de leurs produits », souligne Didier Hentsch.

 

En se dotant de compétences multiples allant de la mécanique à la biophysique, en passant par l’optique, l’histologie, l’informatique, la biologie du développement…, l’IGBMC fait figure d’exception sur la scène scientifique.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Innovation

Mots-clés : recherche, Grand Est, transfert de technologies., médical, Strasbourg, imagerie médicale, IGBMC, Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire, salon Enova, Nicolas Lemercier, Didier Hentsch

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