« L’hôtellerie sera hyper-connectée et très socialisée avec plus d'espaces partagés, dont des chambres »

Publié par Didier Hugue, le 03 avril 2017

HÔTELLERIE/BOURGOGNE. Patrick Jacquier, préside depuis plus de dix ans l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UIMH) de Côte-d’Or.

Il dirige par ailleurs le groupe informel qui porte son nom et exploite douze hôtels en Bourgogne, pour la plupart sous enseigne Accor, en réalisant 35 millions d’€ de chiffre d’affaires.

A l’aune des importants travaux qu’il a réalisé au Grand Hôtel La Cloche et ceux qu’il achève au Mercure, deux établissements de Dijon, nous lui avons demandé comment il imagine l’hôtellerie de demain. 

Il réagit aussi à la concurrence de plus en plus vive des plateformes payantes de location et de réservation de logements de particuliers, dont la plus connue est Airbnb.

 

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Patrick Jacquier, président de l'UIMH Côte-d'Or et une partie de son équipe lors de la pérsentation des voeux 2017 autour d'une traditionnelle tête de veau. © Traces Ecrites.

 

• Quel a été votre premier étonnement en matière d’offre hôtelière ?

 

Patrick Jacquier. 1967 avec la naissance de la chaîne Novotel, une des marques du groupe Accor, où chaque chambre possèdait la télévision, une salle de bain et des toilettes séparées ! L’offre était à l’époque discriminante car novatrice.

Aujourd’hui, Ibis Budget montre qu’au niveau des deux étoiles, avec une télévision plus grande et des Leds qui donnent un éclairage harmonieux et une sensation de bien-être, on peut apporter une touche nouvelle.

 

• Vous conduisez une politique de grands travaux dans certains de vos établissements, quelle plus-value recherchez-vous ?

 

P.J. Si vous prenez notre établissement cinq étoiles, le Grand Hôtel La Cloche à Dijon, dont nous venons d’achever la complète rénovation, nous avons recherché l’émotion artistique. En collaborant avec le musée des Beaux Arts, nous présentons dans chaque chambre la reproduction d’une œuvre.

Le jeu des lumières, le choix des couleurs et du mobilier dans les espaces communs, comme le bar, invitent à l’échange, au partage. Chaque lieu d’un hôtel haut de gamme de ce type doit procurer un ressenti.

Au Mercure de Dijon, qui est un quatre étoiles, tout le hall d’entrée à été repensé comme un grand salon. La banque d’accueil, plus courte et en demi-lune, donc ouverte, ne fait plus office de barrière, mais laisse découvrir un large espace meublé où l’on peut patienter, lire, se détendre, converser et boire un verre au bar qui a pour particularité d’avoir un comptoir abaissé à la hauteur des tables.

Nous avons souhaité qu’il n’y ait plus aucune de lignes de rupture formelle entre notre personnel et la clientèle.

Pour notre hôtel Ibis Gare, la décoration est volontairement moderne avec le bénéfice du très haut débit en primeur, une grande première pour un hôtel, qui entend montrer l’image d’un forum ouvert à la discussion.

 

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Le nouveau bar de l'hôtel Mercure de Dijon, au comptoir abaissé pour rompre les barrières en cassant les lignes. © Mercure de Dijon.

 

• Cette nouvelle approche de l’hôtellerie par la création d’ambiances différentes illustre-t-elle l’hôtellerie de demain ?

 

P.J. En partie seulement. Avec la révolution numérique et des usages de vie différents chez les jeunes générations, tout va aller très vite. L’hôtellerie de demain sera hyper-connectée. On ouvrira sa chambre avec un code, et on effectuera toutes les démarches via son smartphone.

La socialisation verra aussi se monter, comme l’expérience que même Accor mène avec le concept Jo and Joe (lire ci-dessous), des établissements urbains ou à thème qui mixent dans l’approche, hôtel et auberge de jeunesse.

Des « maisons ouvertes » avec des espaces de vie commune, comme une cuisine à disposition si l’on ne veut pas aller au restaurant, mais également des chambres partagées si on le souhaite, sachant qu’il faudra en terme d’agencement savoir préserver un minimum d’intimité pour chacun(e).

Concernant les hôteliers, l’emplacement sera sans doute plus facile à trouver et plus facilement rentabilisable car, nous commercialiserons au lit et non plus à la chambre. Mais ce qui restera toutefois intangible autant qu’immuable, dans notre métier de contact, est l’hospitalité associé au service. N’oubliez pas que l’hôtelier est un ambassadeur de sa ville et de sa région.

Une conciergerie devient ainsi indispensable pour conseiller, guider, répondre à un besoin urgent ou pas, et si possible de manière personnalisée. C’est pourquoi les formations de nos personnels emprunteront aux cours de théâtre pour avoir la bonne attitude face à différentes situations.

 

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Une chambre du Grand Hôtel La Cloche jouant sur la lumière, la décoration et l'apport artistique. © Grand Hôtel La Cloche.

 

• Pourquoi avez pas des mots aussi durs pour critiquer certaines plateformes de réservation de logements de particuliers comme la plus connue : Airbnb ?

 

Je suis content de cette question pour déjà préciser qu’il ne s’agit pas de refuser cette forme de concurrence. Comme toutes les autres que nous connaissons : camping, habitations légères de loisirs, chambres d’hôtes, gîtes, accueils à la ferme, hébergements insolites…, la location de logements par les particuliers a toute sa place sur le marché touristique qu’elle contribue à amplifier.

Ce que je dénonce en revanche est la concurrence déloyale faite par des sociétés masquées sous des noms de particuliers, mettant à la location de ces plateformes des dizaines d’appartements par ville. C’est tout simplement du business déguisé.

Ces sociétés ne respectent pas les normes de sécurité, la fiscalité et tout l’environnement juridique de notre métier. En outre, elles n’emploient personne ou presque : un concierge donne les clés et une société de nettoyage remet en ordre. L’hôtellerie emploie du monde, paie des charges, forme, fait vivre des filières entières de proximité. Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures.

 

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Un des nouveaux espaces d'accueil du hall du Grand Hôtel La Cloche de Dijon. © Grand Hôtel La Cloche. 

 

Jo and Joe, le nouveau concept d’hébergement pour « Milennials », signé AccorHotels

 

Née en septembre dernier, la nouvelle marque Jo and Joe ouvrira ce 29 mai 2017 sa première adresse de 145 lits à Hossegor, destination des Landes prisée des surfeurs. Suivront Paris et Bordeaux en 2018 pour atteindre la cinquantaine d’établissements à l’horizon 2020.

Ce nouveau concept d’hébergement, à partir de 25 € la nuit s’adresse avant tout aux 18-34 ans et plus globalement aux millennials, ceux qui ont eu la majorité avec le millénaire.

Il marie l’hôtellerie, l’auberge de jeunesse et la location privée pour proposer un lieu de vie à l’attention aussi bien des « trispsters » (les voyageurs) que des « townsters » (habitants du quartier).

Les différents espaces épousent les nouveaux codes, dont une socialisation plus poussée de cette clientèle qui s’affranchit de certains usages individualistes et bannit de vieilles habitudes. Le bar invite ainsi les habitants du cru à le fréquenter pour se mélanger aux résidents. Une cuisine collaborative permet, si on le souhaite, d’échanger un recette comme de partager un repas.

On peut aussi s’isoler pour travailler, voire laver son linge comme à la maison. Côté repos nocturne, on choisira entre des chambres et/ou appartements de 2 à 5 personnes avec une salle de bain privative et, le cas échéant un espace cuisine.

On pourra également opter pour un espace de sommeil partagé, modulable et ingénieux dans lequel chacun conserve son intimité et profite des dimensions spacieuses du couchage avec des caissons sécurisables, liseuses et prises USB.

Une expérience nouvelle…, dont les illustrations ci-dessous donnent une image réaliste (tous les crédits sont à attribuer à © Jo and Joe/AccorHotels).

 

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Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : hôtellerie, Patrick Jacquier, Union des métiers et des industries de l’hôtellerie de Côte-d’Or, hébergement, Bourgogne Franche-Comté, AccorHotels, Jo and Joe, Airbnb

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