L'ENSAM de Cluny très bon élève pour les matériaux, l'image virtuelle et l'éco-construction

Publié par Didier Hugue, le 20 juin 2016

ÉCOLE D’INGÉNIEURS. Laurent Arnaud dirige le campus de Cluny, en Saône-et-Loire, de l’École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), l’un des huit en France qui forme chaque année 1.100 ingénieurs.

Abrité dans l’enceinte de l’ancienne Major Ecclesia, l’établissement, qui accueille un total de 585 élèves, dont 440 candidats ingénieurs et conduit une politique de grands travaux, offre des spécificités bien à lui que nous décrit son directeur qui n’en est pas diplômé de l'école.

Portrait d’une grande école, installée en Bourgogne et encore un tantinet misogyne, avec seulement 18% de filles dans ses rangs, mais qui cherche à s’amender en portant ses effectifs féminins à 30%.

Par ailleurs, la Société des Ingénieurs Arts et Métiers, qui fédère 33.000 anciens, s’inquiète d’un projet de décret aux relents de jacobinisme appuyé et interpelle le Président de la République.

 

labobois
Le laboratoire bois.

 

• Éliminons d’entrée une question marronnier. Avez-vous définitivement réglé votre problème de bizutage ?

 

Les pratiques actuelles d’intégration n’ont plus rien à voir avec celles qui ont donné lieu à des écarts de conduite. L’« Usinage », comme on dit aux Arts et Métiers, rebaptisé maintenant période de transmission des valeurs, donne obligatoirement lieu à une demande et à mon autorisation. Je n’ai eu, et je suis très clair là-dessus, à connaître à Cluny d’aucune dérive (*).

 

• Rappelez nous l’histoire et l’évolution de votre école.

 

L'ENSAM de Cluny est l’une des 210 écoles supérieures en France à délivrer un diplôme d’ingénieur. Sa création par le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt remonte à 1780, à Liancourt (Oise).

Cet aristocrate voulait éduquer les pupilles de son régiment de cavalerie et obtint du roi Louis XVI une ordonnance pour « établir une école d’application militaire en faveur de cent enfants de soldats invalides » à la ferme de la Montagne.

Le site existe toujours. Il appartient aux anciens élèves qui en ont fait le musée national des Gadzarts. C’est en 1891 que l'abbaye de Cluny, en Saône-et-Loire, est choisie pour abriter la quatrième école d'Arts et Métiers.

Car nous avons comme rare, voire unique, spécificité d’être un établissement national réparti sur tout le territoire, avec la présence en France de huit campus et de trois instituts (**).

C’est parfaitement judicieux. Depuis nos origines, nous accompagnons l’industrie où elle se trouve : d’abord la révolution industrielle et aujourd’hui la transition industrielle.

L’ENSAM compte 6.200 étudiants entre élèves ingénieurs, mastériens et doctorants et forme chaque année 1.100 ingénieurs généralistes.

A Cluny, nous totalisons 585 élèves, dont 440 élèves ingénieurs et employons 121 personnes, dont 45 enseignants. Notre budget global annuel frise les 12 millions d’€.

 

usinage
Atelier d'usinage à grande vitesse.

 

• Comment se déroule le cursus d’un futur Gadzart ?

 

Après une classe préparatoire de deux années, avec comme angles : physique, technologie, et sciences de l’ingénieur, puis la réussite au concours d’entrée, les élèves intègrent un campus proche de chez eux pour leur première année.

Suivant les spécialités de chacun, ils peuvent tourner dans les autres centres de l’ENSAM et suivent au total trois années de cours et stages. Nous accueillons ainsi 200 élèves de première année, 150 de seconde et 90 de troisième.

Nos ingénieurs sont très recherchés dans les domaines du génie mécanique, du génie électrique et le génie industriel. Reste que l’insertion, quasi immédiate, dans la vie professionnelle - de 3 à 6 mois - voit aussi 12 à 18% des diplômés intégrer le bâtiment et les travaux publics.

 

• Comment Cluny se distingue des autres centres ENSAM et développez-vous des projets particuliers ?

 

Nous sommes reconnus pour nos travaux sur la mise en forme des matériaux avec l’usinage de grande précision et de grande vitesse.

C’est pourquoi, nous planchons actuellement sur l’usinage pour des pièces de grande dimension et de grande épaisseur (plus de 10 cm) et croyez-moi, c’est un vrai challenge qui implique fortement LaBoMaP, notre laboratoire spécialisé.

Autre domaine d’excellence qui nous est attribué : celui du bois et sa seconde valorisation, notamment le déroulage. Nous venons tout juste de réceptionner une halle dédiée de 1.100 m2 qui servira aussi à l’éco-construction.

halle
La Halle bois et éco-construction.

 

A la rentrée 2017, nous lancerons un bachelor (bac+3) dans ce domaine qui permettra ensuite à ceux qui le souhaitent d’intégrer le cursus des élèves ingénieurs Arts et Métiers. Nous voulons accompagner les entreprises du bâtiment qui désirent recruter des profils parfaitement adaptés à la transition énergétique.

 

Je n’oublie pas non plus nos recherches sur l’immersion virtuelle que nous menons dans le cadre de l’Institut de l’Image, à Chalon-sur-Saône. Notre laboratoire d’électronique, Informatique et Image (Le2i) y constitue une Unité Mixte de Recherche (UMR) avec l'Université de Bourgogne et le CNRS.

Pour être complet, j’indique que notre projet de réhabilitation en Bâtiment Basse Consommation (BBC) de la résidence qui héberge sur 4.500 m2 jusqu’à 250 étudiants. Un investissement de 11 millions d’€, financé en partie par le contrat de plan Etat-région.

 

Qui est Laurent Arnaud ?

 

laurentarnaud 

 

Cet homme de 51 ans n’est pas diplômé des Arts et Métiers mais est ingénieur des ponts, des eaux et des forêts (IPEF). D’abord enseignant chercheur dans le domaine des matériaux, il a conduit de nombreux travaux dans différents établissements supérieurs.

Avant de rejoindre début 2013 l’ENSAM de Cluny au nom de la diversité des profils, il était directeur du Groupement d'Intérêt Public (GIP) « Les Grands Ateliers », basé à Villefontaine (Isère).

Ce GIP travaille en lien avec des écoles d'ingénieurs, d'architecture et d'arts et du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) autour des questions de la construction.

 

(*) La Société des Ingénieurs Arts et Métiers en appelle au Président de la République

 

" Les élèves de l’ENSAM doivent-ils être privés de ce lien spécifique, noué depuis deux siècles par l’association des Anciens : la Société des Ingénieurs Arts & Métiers, forte de 33.000 membres ? "

La question que pose Jacques Paccard, son président, n’a rien d’anecdotique. Un projet de décret, initié par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, voudrait réformer la gouvernance du conseil d’administration de l’ENSAM.

Pour faire court, aujourd’hui, y siègent tous les présidents des huit campus qui sont des Gadzarts, c’est-à-dire d’anciens de l’école. Le texte administratif prévoit d’éliminer purement et simplement cette représentation territoriale, accusée de sauvegarder des traditions, au profit d’un jacobinisme (ou parisianisme) aseptisé.

Quelle en est la raison ?

Un rapport de l’inspection générale des services pointe encore du doigt des cas de bizutage. « Mais nous n’avons eu à connaître d’aucun cas, d’aucune plainte et le rapport de l’inspection générale des services spécifiait même que toutes les recommandations avaient été appliquées pour que la période de transmission des valeurs, en général 3 mois, respecte justement les nouveaux élèves dans leur cycle de vie, entre études et période de repos », s’étonne Claude Duplaa, chargé de mission auprès de Jacques Paccard.

Face au silence sourd du ministère de tutelle, les anciens en appellent dans une lettre ouverte au Président de la République, mais aussi à Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, pour un rattachement de leur école à son ministère.

Ne serait-ce qu’un nouveau prétexte de l’énarchie ministérielle pour régler des comptes avec l’une des meilleures écoles de la République Française et qui participe au renouveau industriel ? nous ne franchirons pas le pas.

Mais c’est encore une de ces réformettes pondues par des hauts fonctionnaires « hors sol », déconnectés du monde réel qui gronde et surtout du tissu industriel, seule source de vrai rebond de l’économie française, peut on comprendre à travers les lignes de la lettre ouverte.

 

(**) Châlons-en-Champagne, Angers, Aix-en-Provence, Lille, Paris, Bordeaux et Metz.

 

Photos fournies par l'ENSAM de Cluny.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Emploi - Formation

Mots-clés : Arts et Métiers, Saône-et-Loire, école d'ingénieurs, Emsam Cluny, Cluny, Bourgogne Franche-Comté, ESAM, Laurent Arnaud, Lettre ouverte

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2 réponse(s) à "L'ENSAM de Cluny très bon élève pour les matériaux, l'image virtuelle et l'éco-construction"

  1. Bernard Boissondit :

    Vous écrivez "grande école, installée en Bourgogne et encore un tantinet misogyne", il y a là une mauvaise interprétation : En ce qui concerne Cluny la première fille est entrée en 1971. Depuis la proportion de filles croît chaque année. Cette progression est malheureusement freinée par la faible proportion de filles déjà présente en amont dans la préparation aux écoles d'ingénieurs. Par ailleurs, on peut remarquer la forte implication des filles dans le activités organisées par les élèves dans tous les Centres ainsi que leurs succès dans leur intégration dans la vie professionnelle.

  2. MOREAUdit :

    Bravo et félicitations pour votre article ! Pourquoi les valeurs et la réussite dérangent l'énarchie ? Il est important, urgent de nous élever tous, et sur tous les sujets, contre ce système royaliste 2.00.

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