L’ancienne décharge de Montchanin fait peau neuve

Publié par Didier Hugue, le 26 septembre 2012

ENVIRONNEMENT. L’Ademe de Lyon, gestionnaire de l’ancienne décharge de Montchanin (Saône-et-Loire), conduit 1,6 million de travaux destinés à remplacer la couverture qui imperméabilise le site.

Ce chantier nous offre l’occasion de rappeler une histoire peu glorieuse des années 80 .

Durant dix ans, 1000 résidents, 650 élèves et même une gendarmerie ont vécu un véritable cauchemar tout près  d’un cloaque, générateur d’odeurs pestilentielles et provocateur de maladies.

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L’ancienne décharge de Montchanin (Saône-et-Loire), fermée en 1988 après dix années d’exploitation sans aucune contrainte environnementale, bénéficie d’1,6 million d’€ de travaux.

L’Ademe Lyon, chargée depuis 1997 de sa mise en sécurité, fait procéder au remplacement de la couverture en bentonite, devenue perméable aux eaux pluviales ,par une nouvelle en polyéthylène à haute densité (PEHD).

Opérationnelle en fin d’année, elle doit réduire de moitié les 3000 litres de rejets liquides ou lixiviats, captés par un réseau de drains qui plongent au cœur des déchets.

Un nouveau brûleur de gaz devrait être également installé, ces derniers étant récupérés par un autre système, puis détruits sur place.

Hors ce budget, l’Ademe s’appuie sur une enveloppe annuelle de 600 000 € pour assurer une mise en sécurité constante du site qui, rappelons-le, provoqua l’un des plus importants scandales écologiques du siècle dernier.

Car une fois revégétalisée, la vaste étendue vallonnée en plein cœur de la ville de Montchanin ne laissera pas supposer qu’ici une décharge de classe 1 a provoqué pendant dix ans le malheur de près de 2000 personnes qui vivaient, travaillaient ou étudiaient dans un rayon de 200 mètres.

Les lieux ressembleraient même un parc urbain avec étang, si un haut grillage, quelques bouches en ciment, la présence de piézomètres et d’un brûleur de gaz ne trahissaient l’histoire de cet ancien site classé.

Elle commence fin 1976 par une délibération du conseil municipal. La commune acquiert, via la SAFER, un terrain de huit hectares de friches et jardins en vue d’une urbanisation future.

En lieu et place, les édiles locaux autorisent, en mai 1977, par un bail de douze ans, la société Déblais Service, localisée à Lissieu (Rhône), à installer et exploiter une décharge contrôlée qui ouvre en décembre de la même année.

Son dirigeant se nomme Luc Laferrere. Il est le mari de Solange Edou, dont le frère Emmanuel travaille auprès de Michel d’Ornano, ministre de l’environnement et du cadre de vie (1978-1981).

«Grâce à ce soutien, la décharge pour déchets industriels banals et déchets domestiques du départ, se transforme à partir de 1981 en décharge de classe 1 - déchets dangereux -, alors que le milieu naturel ne s’y prêtait pas du tout», raconte Pierre Barrellon, président depuis 1983 de l’Association de défense de l’environnement Montchaninois, fondée deux ans plus tôt.

41 fûts baladeurs estampillés Seveso

Étendue à douze hectares, dont quatre pour la classe 1, cette poubelle géante accueille jusqu’à 30 camions par jour en provenance d’une partie de l’Europe. Aucune analyse à leur arrivée n’est faite.

Pour comble, un programme expérimental est mis en place afin d’étudier le comportement des déchets déversés à même l’argile dans quatre alvéoles.

Quarante et un fûts de dioxine, en provenance de Seveso (Italie), auraient fait également un séjour sur place, bien aucune preuve ne l’atteste.

Avec ce régime pour le moins laxiste, l’exploitation devient vite juteuse. Le chiffre d’affaires de Déblais Service ne cesse de progresser : 4,8 millions d’€ en 1985, 10,78 millions en 1987.

En face, les riverains impuissants, dont les maisons et les commerces ne valent plus rien, doivent en outre supporter des odeurs pestilentielles et des pathologies anormales et persistantes se font jour : asthme, eczémas… qui affectent adultes et enfants.

«Devant pareille situation, notre association saisit les autorités, dont le préfet de l’époque, qui nous répondent que les odeurs viendraient des algues en décomposition de l’étang», se souvient amer Pierre Barrellon.

Mais on se fout de tous ces pauvres gens qui pourtant ne baissent pas pour autant les bras. Ils provoquent réunions sur réunions, exigent des enquêtes sur l’air et l’eau, réclament à corps et à cris la fermeture provisoire de la décharge. La presse médiatise enfin le scandale de cette poubelle géante.

C’est le moment - nous sommes en 1988 - choisit par Luc Laferrere pour vendre son cloaque à Elipol, une filiale d’Elf. Choix judicieux, même s’il est condamné par le tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône pour «enfouissement de déchets non autorisés et hors site».

Car l’agitation prend une telle ampleur qu’enfin un préfet de Saône-et-Loire, Jacques Dewatre, alors récemment nommé, demande la fermeture et fait arrêter l’exploitation.

Que faire maintenant ? L’évacuation totale dissuade par son montant (107 millions d’€) et les riverains refusent que l’on appose seulement un couvercle cache-misère.

Ce sera finalement la mise en place d’un judicieux système de captage des gaz, ensuite brûlés sur place, et de récupération des lixiviats par un réseau de drains conduisant à deux puits verticaux.

Pour éviter les infiltrations des eaux de pluies, une couverture en bentonite, aujourd’hui remplacée, est installée et l’ensemble du site est, par ailleurs, isolé par une ceinture de ciment de 12 mètres de profondeur.

Au départ, jusqu’à 5 000 litres de lixiviats sont captés chaque jour, puis détruits par traitement physico-chimique dans un centre spécialisé.

Quelques dates à retenir :

• 1977 : Autorisation accordée à la société Déblais Service d’exploiter pendant douze ans une décharge pour déchets industriels banals et domestiques.

• 1981 : La décharge devient sur quatre des douze hectares un site de classe 1 pour déchets industriels dangereux.

• 1988 : Vente  à Elipol, une filiale d’Elf, et arrêt provisoire ordonné par le préfet de Saône-et-Loire.

• 1989 : Décret relatif à la suppression de la décharge en raison notamment un risque sanitaire.

• 2012 : 1,6 million de travaux conduits par l’ADEME afin de réduire de moitié, à 1 500 m3, les rejets liquides.

Crédit photo: Traces Ecrites et Ademe Lyon.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires
Environnement

Mots-clés : Bourgogne, Saône-et-Loire, Décharge de Montchanin, déchet, classe 1, pollution, Ademe

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1 réponse(s) à "L’ancienne décharge de Montchanin fait peau neuve"

  1. DAUCHOTdit :

    Je ne suis pas ECOLO de conviction politique (heureusement pour moi) mais j'essaie de protéger la nature chaque fois que faire se peut ! Dans pratiquement tous les pays, nous nous trouvons devant le même problème : on se débarrasse de ses "saloperies" sans penser que d'autres nous suivront et devront subir notre "je m'en foutisme". Heureusement, ici les choses sont en bonne voie de réhabilitation ! Puisse-t-il en être de même partout ! Bravo en tout cas !

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