Jura suisse : la manufacture horlogère Tag Heuer ne peut se passer des frontaliers

Publié par Monique Clémens, le 26 mars 2014
Tag Heuer fait son marché de l'emploi avec les frontaliers, principalement du Territoire de Belfort.
Tag Heuer fait son marché de l'emploi avec les frontaliers, principalement du Territoire de Belfort.

EMPLOI FRONTALIER. La première manufacture de mouvements horlogers de Tag Heuer (groupe LVMH) ne s’est pas implantée dans le canton du Jura par hasard.

Outre les compétences microtechniques locales, le bassin d’emploi de l’aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt est un nouveau vivier de main d’œuvre.

Avec prochainement la mise ne service d'une autoroute reliant Porrentruy à Belfort, les salariés découvrent les vertus du travail frontalier, comme avant eux ceux des bassins de Morteau et Pontarlier.

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Le 21 août prochain sera inaugurée la portion d’autoroute reliant Porrentruy à Belfort. Une aubaine pour l’aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt dont les salariés découvrent les vertus du travail frontalier, comme l’ont fait avant eux ceux des bassins d’emploi de Morteau ou de Pontarlier.

En 2016, la liaison autoroutière Bern-Paris devrait ainsi être achevée et la charmante petite ville de Porrentruy, à l’ouest de la République et canton du Jura, sera la cité helvétique la plus proche de la capitale hexagonale, assurent les Jurassiens.

Elle bénéficie déjà de la proximité de la gare TGV de Belfort-Montbéliard, à 20 minutes de là, qu’emprunte régulièrement Aurélien Le Bigot, le directeur lillois de la première manufacture de mouvements Tag Heuer. L’activité de l'usine a démarré en juin 2013 à Chevenez, entre Porrentruy et la frontière française. Pas par hasard.

« Nous sommes implantés dans un canton peu peuplé, en situation de plein emploi ou presque, mais proches d’un bassin de 350 000 personnes », explique-t-il.

L'école d'horlogerie suisse de Porrentruy, près de la frontière française.
L'école d'horlogerie suisse de Porrentruy, près de la frontière française.

Sur 60 salariés, 65% à 70% sont des frontaliers. 

« Nous ne sommes pas venus seulement pour la main d’œuvre étrangère, il y a ici une industrie traditionnelle de micro-mécanique, plutôt en habillage de montre, et nous avions dans le canton du Jura une entreprise historique : Cortech, qui fabriquait des boîtiers.

"Mais à la Chaux-de-Fonds où se trouve notre siège, et au Locle, nous avons tous nos concurrents et il est difficile de trouver du personnel. Ici, c’est un nouveau vivier », argumente le dirigeant.

A Chevenez, la manufacture Tag Heuer a misé sur la mécanisation des process et la fabrication rapide des composants d’ébauches ainsi que l’assemblage des mouvements. Les opérateurs horlogers sont pour la plupart issus de l’école d’horlogerie de Porrentruy toute proche. Relire sur le sujet notre article en cliquant ici.

Dans un contexte de déficit d’ingénieurs locaux, l’encadrement est essentiellement composé d’ingénieurs automobiles français qui se sont adaptés.

« Nous mêlons la tradition à la technologie, les horlogers et les ingénieurs », explique Aurélien Le Bigot. « Entre l’automobile et nous, il y a un fossé culturel. L’horlogerie reste à tradition artisanale, même si nous sommes ravis des idées apportées par le secteur automobile. Dans la culture Tag Heuer, moins hiérarchique, les décisions sont plus collégiales. Il faut que nos salariés soient prêts à franchir ce fossé. Nos critères de recrutement sont l’adaptabilité et le côté humain. »

La manufacture ne fabrique que de la très haute horlogerie.
La manufacture ne fabrique que de la très haute horlogerie.

Flambant neuf, le site de Tag Heuer, qui a nécessité un investissement global de 20 millions d’€, a une capacité de 100 à 120 salariés et des possibilités d’extension. L’objectif est de monter à 100 000 mouvements par an d’ici 2016-2017, assure le patron du site.

La manufacture est la première de la marque (appartenant au groupe LVMH) dédiée à la fabrication d’ébauches et à l’assemblage de mouvements 1887 et 1969, le premier de grande série conçu par Tag Heuer.

2000 emplois d’ici 5 ans

Les embauches vont se poursuivre progressivement et, forcément, intéresser des frontaliers. L’entreprise reçoit beaucoup de CV et est en contact avec Pôle Emploi et la filière horlogère du lycée de Delle (Territoire de Belfort).

Avec une centaine d’emplois à terme, Tag Heuer n'est pas le seul recruteur. Près d’un millier sont programmés chez Swatch à Boncourt, à quelques dizaines de mètres du poste frontière, Cartier et Jeager-Lecoultre se renforcent ou s’agrandissent dans le Jura…

Difficile de se passer des frontaliers... Le canton compte 70 000 habitants, 4 700 entreprises et, sur 42 000 emplois, quelque 7 000 viennent de France pour faire tourner les entreprises microtechniques et horlogères mais aussi pharmaceutiques, aéronautiques, biomédicales...

Opération de contrôle qualité.
Opération de contrôle qualité.

« Environ 2 000 emplois pourraient être créés d’ici cinq ans », se félicite Charles Juillard, le président du gouvernement jurassien.

« Les Français viennent tout seuls, les conditions leur sont favorables. » Dans le Jura suisse, à compétence égale, les salaires sont en moyenne deux fois et demi supérieurs à ceux pratiqués en France.

Crédit photos : Tag Heuer et école horlogère de Porrentruy.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Territoire de Belfort, Franche-Comté, Belfort, Emploi - Formation, Suisse, horlogerie, montre, Tag Heuer, Aire urbaine Belfort-Montbéliard-Héricourt, frontalier, Jura suisse

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