François Labet, le bien né et bien éduqué vigneron du Château de la Tour au sein du domaine du Clos de Vougeot

Publié par Didier Hugue, le 14 septembre 2018

PORTRAIT/BOURGOGNE. Le plus gros propriétaire de vignes du Clos de Vougeot revendique sa filiation bourgeoise, se veut dépositaire d’une certaine vision de la viticulture et défend des valeurs humanistes d’entente et de partage qui l’ont conduit assez naturellement à présider pour deux ans son interprofession.

 

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François Labet dans ses caves sous le Château de la Tour, implanté au coeur même du Clos de Vougeot. © Traces Ecrites.

 

Il fait une chaleur de plomb en ce début août 2018 et les six hectares de vignes du Château de la Tour, plantés au sein du Clos de Vougeot (50 hectares), quémandent un peu d’eau, fort heureusement tombée les jours suivants.

 

François Labet, l’heureux et plus important propriétaire, parmi les 80 de ce grand cru - l’un des 33 de Bourgogne -, reçoit dans une grosse bâtisse au style fortifié, baptisée un peu pompeusement château, qui lui sert tout à la fois de cuverie, de cave d’élevage, de salon de réception et de bureau.

 

 

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« Elle a été construite en 1890 par les frères Beaudet, négociant à Beaune, qui comptaient parmi la quinzaine d’acheteurs du Clos de Vougeot lorsque les héritiers Ouvrard (*) le cédèrent par appartement en 1889.  Ils devaient retirer leur vin du célèbre chaix cistercien et l’anecdote veut qu’il firent réaliser une petite voie ferrée pour ne pas le sortir des limites de la propriété, ce qui est toujours le cas avec nous aujourd’hui », évoque amusé François Labet.

 

Température caniculaire oblige, l’exploitant a troqué son habituel style vestimentaire, savant dosage entre modern chic et gentleman farmer, pour le bermuda polo, en prenant plaisir à faire visiter un lieu mondialement envié.

 

« Il n’y a pas de plus bel endroit »

 

De sa large terrasse panoramique, se découvre l’un des fleurons du patrimoine universel de l’Unesco : le Clos de Vougeot et son château, aujourd’hui propriété de la confrérie bachique des Chevaliers du Tastevin. Intarissable sur l’histoire au sens propre du cru, cet homme de 63 ans emmène progressivement à celle de sa famille.

 

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Le Clos de Vougeot avec son château en haut et Château de la Tour, plus bas tout à droite. © Château de la Tour.

 

S’en détache l’image tutélaire de Jacqueline, née Morin, la mère de François Labet, « une forte femme qui ne mâchait pas ses mots lorsqu’elle l’estimait nécessaire. » De cette ascendance, il avoue une admiration totale pour les femmes, « car elles donnent la vie ». Une attitude chez lui d’ailleurs ne trompe pas. Lorsque la sienne l’appelle durant notre entretien, il répond immédiatement et met avec tact son interlocuteur entre parenthèses.

 

Papa de cinq enfants aux valeurs chrétiennes affirmées - il a été enfant de chœur et scout -, le vigneron sait qu’il est bien né. Il le confesse sans ambages comme une chance qui lui a été offerte au berceau. Sa famille maternelle possède depuis 1920 ce prestigieux domaine viticole progressivement agrandi. Le côté paternel n’est pas en reste avec le domaine Pierre Labet (**), du prénom de son père, et ses 10 hectares entre Gevrey-Chambertin et Meursault. On pouvait rêver pire héritage.

 

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« J’ai eu une enfance comme une adolescence facile, ponctuée de grands moments gastronomiques et oenologiques », raconte le vigneron qui le jour même de son baptême, le 15 novembre 1954, but ses deux premières gouttes de Clos de Vougeot dans un tastevin. Bon augure et heureux présage !

 

Lorsque sa famille recevait les VRP (voyageurs, représentants, placiers) de l’époque, les déjeuners et dîners avec cuisiner, maître d’hôtel et personnel de salle, devenaient presque toujours de véritables festins où se mariaient pièces de gibier (***) et grands crus. « On dégustait des vins fantastiques comme ceux des millésimes 1904, 1911, 1915, 1923 et la trilogie : 1945, 1947 et 1949 », se souvient, gourmand, François Labet.

 

Un attachement viscéral à l’appellation d’origine

 

Le jeune homme se fait ainsi un palais. Des études supérieures dans une école de commerce parisienne, une année de service militaire dans les chasseurs alpins et une autre à travailler aux États-Unis achèvent d’en faire un homme. Mais pas encore un vigneron.

 

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De la large terrasse panoramique, se découvre l’un des fleurons du patrimoine universel de l’Unesco : le Clos de Vougeot et son château, aujourd’hui propriété de la confrérie bachique des Chevaliers du Tastevin. © Traces Ecrites.

 

A partir de 1984 commence un long apprentissage qui marie bon sens, respect du terroir et touches personnelles, quitte à bouleverser les usages internes. Voire à les révolutionner. « J’ai décidé et il m’a fallu m’imposer de ne plus égrapper la vendange, c’est-à-dire de conserver la rafle ce qui donne au final des vins plus concentrés, plus riches et plus matures », commente le viticulteur. Suivront à sa main le passage des deux domaines en bio, puis en 2015, celui du seul domaine Château de la Tour en biodynamie.

 

Attaché viscéralement à l’appellation d’origine contrôlé (AOC), solidaire de ses confrères qui l’ont conduit à présider en alternance avec le négociant beaunois Louis-Fabrice Latour, le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), cultivant l’aménité et l’empathie, François Labet est aussi un homme qui sait donner de la voix.

 

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François Labet en compagnie de son fils Edouard, appelé à lui succéder. © Château de la Tour.

 

Gare à tous ceux qui manquent de franchise, d’honnêteté et de respect, voire qui se mêlent d’affaires qui ne les concernent pas. Dernière exemple en date : « l’administration voudrait, pour un peu, nous interdire de chaptaliser, mais c’est un droit reconnu par l’Europe et si on le fait, ce n’est ni par plaisir ni par envie, mais par nécessité. A chacun son métier et sa compétence », s’offusque-t-il.

 

On quitte François Labet à regret, non sans qu’il vous évoque avec fierté le premier millésime de ses 8 hectares américains, près de Santa Barbara (Californie), mais surtout son fils cadet Édouard (26 ans). Même parcours que lui : école de commerce (EM Strasbourg), même début d'activité chez d’autres, il vient d’intégrer la maison de vin.

 

« Édouard devrait logiquement me succéder, aussi prendrai-je du recul quand il sera prêt pour le laisser s’exprimer. » En attendant, cet autre héritier bien né devra mettre ses pas dans ceux de ses aïeux et montrer à son tour que cela rime chez les Labet avec être bien éduqué.

 

(*) Le banquier Gabriel-Julien Ouvrard se rendit maître du Clos-de-Vougeot et du domaine de la Romanée-Conti (1,63 ha) à la suite de la confiscation des biens de l’église à la Révolution. En 1818, il en fit don à son fils Victor, âgé de seulement 19 ans (source Wikipédia).

 

(**) L’arrière-grand-père de François, Émile Labet fut maire de Beaune de 1929 à 1932.

 

(***) François Labet est aussi l'héritier d'une longue tradition familiale cynégétique et conserve pour la chasse un plaisir affirmé.

 

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© Château de la Tour.


Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises
Portraits

Mots-clés : BIVB, Vins de Bourgogne, Château du Clos de Vougeot, Bourgogne Franche-Comté, François Labet, Château de la Tour, Clos de Vougeot, grand cru

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