Fermer Fessenheim sans casse sociale : chiche ?

Publié par Christian Robischon, le 20 septembre 2012

NUCLÉAIRE. François Hollande l’a promis : la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) devra intervenir sans aucune perte d’emploi.

De prime abord, cela semble une gageure.

Mais à y regarder de plus près, c’est tout sauf impossible, même si pour assurer le démantèlement, il faudra dix fois moins de main-d'oeuvre.

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La centrale emploie un peu moins de 1 000 salariés, répartis en 770 agents EDF et environ 200 salariés d’entreprises «prestataires permanentes» installées sur le site.

Selon la direction, pour assurer et suivre le démantèlement, il faudrait dix fois moins de main-d’oeuvre.

Lors d’une conférence de presse en avril juste avant les présidentielles, le directeur de la centrale Thierry Rosso avait fondé son analyse sur le précédent de Chooz (*) dont la première centrale s’est arrêtée au début des années 1990.

«Les effectifs étaient passés de 1 000 à 100, soit 20 agents EDF et 80 employés des prestataires», avait-il rappelé.

Du côté des représentants du personnel, Philippe Huck, délégué CGT, dresse une estimation de même nature, un peu plus généreuse toutefois : «Une fois les derniers grammes de combustible retirés, je pense que nous serons encore 50 agents EDF», déclare-t-il.

Les prestataires, eux, pourraient être aussi nombreux qu’aujourd’hui. «Mais ce ne seront pas les mêmes entreprises», relève-t-il. «Tout l’enjeu pour les actuels sous-traitants sera de trouver d’autres marchés locaux».

Reclasser en interne quelque 700 agents EDF constitue un objectif à la portée du groupe, selon Philippe Huck : «Si l’on divise ce chiffre par 19 - le nombre de sites nucléaires -, on voit que cela n’est pas ingérable».

Le point délicat résidera selon lui dans les effets indirects de la mobilité : «Le conjoint retrouvera-t-il du travail ailleurs ? Et il faudra vendre les maisons ici, peut-être à prix bradé si tout le monde le fait en même temps».

Pour l’heure, souligne le délégué CGT, la centrale n’a présenté aucune esquisse de plan de mobilité. Ce serait, il est vrai, entériner le choix présidentiel de vendredi dernier.

Or, il n’est un secret pour personne que, ni la direction d’EDF ni ses syndicats ne se résignent à la fermeture.

2 000 emplois induits

Reste la compensation à l’échelle du territoire par l’apport de nouvelles activités. Selon le conseil général du Haut-Rhin, Fessenheim représente 2 000 emplois induits, que la collectivité estime «menacés».

Comment les recréer ?  La piste d’une filière locale dans les énergies renouvelables, avancée par le ministre du Travail Michel Sapin, n’apparaît pas irréaliste, compte tenu de la relative proximité des sites Alstom et General Electric de Belfort (Territoire de Belfort) qui investissent ce créneau.

Michel Sapin a même poussé l’optimisme jusqu’à affirmer que le démantèlement pourrait créer plus d’emplois que l’exploitation de la centrale.

L’idée germe parmi les acteurs locaux de demander un dispositif de revitalisation analogue à celui qui lie un groupe privé à la suite d’un plan social, mais qui serait, ici, pris en charge par l’Etat, déclencheur de la fermeture.

A la fin des années 1990, l’Etat et EDF avaient alimenté un tel fonds de développement territorial pour accompagner la fin du réacteur Superphénix de Creys-Malville (Isère). Ils avaient également constitué une cellule de reclassement inter-entreprises.

«Le maintien des emplois, je n’y crois pas, mais alors pas du tout. C’est un mensonge que de faire croire cela», réagit Michel Sordi, député (UMP) de la circonscription qui comprend Fessenheim. «Les agents EDF seront redispatchés ailleurs en France. Pour tous les autres, c’est de l’emploi perdu : cotraitants, sous-traitants, fournisseurs, etc. tous ceux qui travaillent pour la centrale», ajoute l’élu, qui dénonce un «énorme gâchis».

(*) Centrale nucléaire située dans les Ardennes, à la frontière belge, dont un des réacteurs est en phase de démantèlement depuis 2010 et jusqu'en 2020-2025.

Photo : EDF



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Alsace, Haut-Rhin, nucléaire, Fessenheim, démantèlement nucléaire

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2 réponse(s) à "Fermer Fessenheim sans casse sociale : chiche ?"

  1. rosevitadit :

    Comment se couper un bras.... Et la balance commerciale,qui penchent déjà dangereusement vers le négatif ? Les emplois du démantèlement c'est un miroir aux alouettes: 10% de l'effectif en fonctionnement. Toute autre allégation est mensongère.

  2. weberdit :

    Ceux qui ont pris cette décision sont totalement coupés des réalités énergétiques. Pauvres de nous car ils sont aux manettes pour 5 ans.

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