En Lorraine, Daum, 140 ans cette année, expérimente la cristallerie durable

Publié par Philippe Bohlinger, le 25 janvier 2018

LUXE/MEURTHE-ET-MOSELLE. La célèbre cristallerie Daum, 140 ans cette année, parie sur le développement durable pour répondre aux nouvelles normes européennes et aux préoccupations de sa clientèle.
La société implantée à Nancy et Vannes-le-Châtel (Meurthe-et-Moselle) réfléchit à réduire la libération de plomb dans l’air ambiant et les milieux naturels. Et elle s’intéresse aux vertus des plantes dépolluantes pour nettoyer un ancien terril verrier.

 

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A droite, la charge de cristal appelée « cabot », à gauche, une partie du nuancier Daum. © Philippe Bohlinger.

 

La cristallerie Daum souffle ses 140 bougies cette année avec l’ambition de conjuguer luxe et développement durable, un argument auquel seront sensibles ses clients de par le monde. Née à Nancy en 1878, la quatrième cristallerie française derrière Lalique, Baccarat et Saint-Louis, a conservé ses ateliers en Lorraine, berceau de l’art verrier. Si le siège social est à Paris, le développement et la fabrication des très petites séries restent localisés à Nancy. La production continue de se faire, elle, 50 Km plus à l’ouest, à Vannes-le-Chatel (Meurthe-et-Moselle).


Deux programmes expérimentaux témoignent de l’ancrage dans son temps de cette manufacture rendue célèbre par les grands noms de l’Art nouveau, mais aussi Dali ou encore Hilton McConnico. D’une contrainte - les exigences européennes de réduction des polluants dans l’air et l’eau - elle entend faire un atout. En arrière-plan, l’idée d’apporter de la valeur ajoutée à son procédé original de pâte de verre pour maintenir à bonne distance la concurrence asiatique.

 

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A Vannes-le-Châtel, le verre n’est pas soufflé ou pressé. La cristallerie utilise des “cabots”  de pâte de cristal de 800 g. qu’elle fabrique à partir d’une “farine”, un mélange de silice, de plomb (24%), de potasse et d’autres composants. Ces cabots sont posés sur un moule en plâtre réfractaire. L’ensemble est ensuite placé dans un four.

 

Suppression du plomb et substitution du nickel

 

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Pour fabriquer ses pièces, Daum utilise un procédé de pâte de verre qui lui est propre. © Philippe Bohlinger

 

Le premier projet baptisé Lovv (pour Laboratoire original verrier Vannes-le-Châtel) s’achève en mars 2018. Daum s’est associé au Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers (Cerfav), un centre de ressources technologiques doublé d’un centre de formation indépendant dédié au matériau verre et cristal.

 

Soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR) sur 2015-2018, les deux partenaires ont travaillé sur une gamme de cristal coloré ne libérant pas d’éléments dans l’air ambiant au-delà des normes et sur des procédés de mise en forme innovants. 

 

« Nous voulions mieux comprendre la matrice vitreuse en vue de la modifier, afin de diminuer la concentration de composés comme le plomb dans la périphérie des pièces finales. Nous avons réussi à diviser par trois les “relargages” [émissions de substances, Ndlr]. Le défi consiste maintenant à industrialiser cette technologie », livre Pascal Lefebvre, directeur de l’usine de Vannes-le-Châtel.



 

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Le second projet est réalisé en partenariat avec la start-up nancéienne Econick. Il est soutenu par le projet du Grand Nancy “Des Hommes et des Arbres” retenu le 4 janvier dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt Territoire d’innovation de grande ambition. Il s’agit concrètement de colorer la pâte de verre en utilisant des sels de zinc biosourcés, autrement dit extraits sur un ancien terril de Daum par des plantes hyperaccumulatrices !

 

Le coût d’une telle technologie n’est-il pas un frein ? « Notre usine consomme 50 Kg de nickel par an pour obtenir la coloration gris. Même si son prix de revient doublait, cela resterait soutenable », commente Pascal Lefebvre.


Reste à savoir à quel horizon une création éco-conçue pourra faire son entrée dans une des deux collections annuelles présentées par Daum. Difficile de le dire à ce stade, mais l’argument marketing serait de poids, sachant que les nouveautés représentent la moitié du chiffre d’affaires annuel (13,6 millions d’€ au total en 2016) de la maison lorraine.

 

Qui est Pascal Lefebvre ?

 

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Pascal Lefebvre dirige un atelier de 75 personnes. © Philippe Bohlinger

 

Le directeur de l’usine de Vannes-le-Châtel a rejoint Daum en 2009 au moment de la reprise de la célèbre cristallerie lorraine par la Financière Saint-Germain (FSG). Cette holding est détenue par l’homme d’affaires franco-algérien Prosper Amouyal et sa famille. 
Ingénieur Arts et Métiers de formation, Pascal Lefebvre avait auparavant officié comme chef de production au sein des Cristalleries Lalique (Bas-Rhin), rachetée à la même période par FSG (qui a depuis cédé ses parts à l’actionnaire principal, le Suisse Art et Fragance).
Face à la concurrence asiatique, Pascal Lefebvre  entend continuer à faire prospérer la manufacture qui se désengage petit à petit du secteur des arts de la table, comme en témoigne la fermeture du site de Bayel (Aube) en 2016.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Innovation

Mots-clés : Lorraine, Grand Est, recherche et développement, Nancy, Meurthe-et-Moselle, cristallerie Daum, Econick, Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers, Financière Saint-Germain , art verrier

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