En entreprise, comment réagir face à un éventuel risque de radicalisation

Publié par Pierre-Yves Ratti, le 10 juillet 2018

AVIS D’EXPERT. Un seul comportement ne suffit pas à diagnostiquer une dérive vers le radicalisme. Une accumulation de signes, cependant difficiles à réunir et à centraliser, mettent en revanche en alerte les services compétents.
La CPME de l'Aire urbaine Belfort-Montbéliard a accueilli dernièrement deux experts du Renseignement territorial pour mieux comprendre et mieux réagir.

Réponses concrètes à l'intention des chefs d'entreprises.


vigipirate

 

Éviter l'excès de méfiance et... l'excès de naïveté. C'était en filigrane le message transmis lors d'une soirée de la CPME 90 consacrée à la prévention de la radicalisation dans les entreprises.

 

Deux spécialistes du Renseignement Territorial (ex Renseignements Généraux) sont intervenus pour répondre au questionnement des chefs de petites et moyennes entreprises du Nord Franche-Comté.


Pas facile de faire la distinction entre engagement religieux et dérives vers le radicalisme. Tout comme la laïcité liée à la République française peut être complexe à expliquer à des croyants. C'est cependant sur elle que peut reposer le refus d'un chef d'entreprise de créer une salle de prière.


À écouter les explications des spécialistes du Renseignement territorial, le phénomène de radicalisation ressemble en tous points aux phénomènes sectaires. Et comme pour celles-ci, il est complexe d'allier prévention et préservation de la liberté de conscience.


Dans le cas de dérive vers le radicalisme de certains musulmans (puisque c'est celui-là qui fait l'actualité à travers la succession d'attentats ces dernières années et dont il était question lors de la soirée), les indices qui doivent alerter correspondent à une application à l'extrême des cinq piliers de la religion musulmane. Tout l'enjeu consiste à les détecter.

 

 

LCR

 

 

Exemples d’indices qui doivent rendre vigilant

 

Le phénomène de radicalisation se traduit généralement par l'adoption d'une forme d'action ou de paroles violentes : adhésion à une idéologie extrémiste, discours extrémiste, voire recours à la violence dans des situations du quotidien. Un enfant retiré de la cantine du collège, la création d'un point de prière plus ou moins dissimulé dans un atelier...

 

Un exemple a été apporté d'une personne en cours de radicalisation qui avait brandi un couteau dans une cantine suite à une banale altercation. Au premier abord, cette attitude violente avait surpris car a priori inattendue de la part de son auteur. Après enquête, il s'est avéré qu'un long cheminement s'était mis en place et que divers signes isolés auraient pu alerter s'ils avaient été recoupés.

 

Plusieurs phases jalonnent ce cheminement (et c'est là où la similitude avec les dérives sectaires peut être faite) : rupture avec la famille, repli sur soi, changement de comportement identitaire, rejet de l’autorité, de la vie collective, changements vestimentaires, consultation de sites Internet et de réseaux sociaux à caractère radical islamiste.


Autant de symptômes qui, s'il se multiplient et s'accumulent, indiquent une radicalisation en cours.

 

 

radicalisation

 

Quel profil ?

 

Si un portrait-robot devait être établi, il s'agirait d'hommes (75 % des cas), entre 25 et 40 ans, domiciliés dans de grands centres urbains, touchés par la précarité et qui nourrissent un sentiment de relégation ou d'injustice sociale voire d’exclusion.

 

Au-delà du portrait-robot, les personnes qui glissent vers la radicalisation présentent des facteurs psychologiques, familiaux, sociaux qui relèvent souvent d'une fragilité personnelle. Dit de façon plus abrupte : une instabilité mentale à des degrés variables.

 

Qui le chef d’entreprise peut-il contacter ?

 

Dès lors, quel comportement un chef d'entreprise doit-il adopter ? Un seul des signes ne saurait suffire à certifier un risque. En revanche, la compilation d'indices pouvant provenir de cadres sociaux différents s'avère indispensable (école, entreprise, vie associative, vie familiale).

 

Ainsi, un signalement aux renseignements territoriaux ne provoque pas à lui seul une vigilance, en revanche une accumulation d'indices concordants déclenchera l'alerte.

 

 

banquepopmars

 

 

Une plate-forme nationale de signalement a été mise en place avec le numéro de téléphone suivant : 0 800 005 696
Un site Internet permet de s'informer sur le sujet : www.stop-djihadisme.gouv.fr
Localement, c’est auprès des préfectures que l’on peut se renseigner et auprès des services du Renseignement territorial.


En Franche-Comté : Territoire de Belfort : pref-lutte-radicalisation@territoire-de-belfort.gouv.fr et dans le Doubs: pref-ordre-public@doubs.gouv.fr

SRT (Renseignement territorial) 25 : 03 81 91 59 26 - SDRT 70 : 03 84 76 94 94 - SDRT 90 : 03 84 58 50 36

 

Photos issues des sites du gouvernement.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Bourgogne Franche-Comté, CPME 90, Renseignement territorial, radicalisation, prévention de la radicalisation, ministère de l'Intérieur

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