Eloge de la paresse, source d'imagination, de créativité et de plaisir de vivre

Publié par Traces Ecrites News, le 08 septembre 2017

AVIS D’EXPERT. Attention, la paresse, à ne pas confondre avec la procrastination, tendance à remettre au lendemain des tâches qui ennuient, ou encore l’oblomoverie, mélange d'apathie, de léthargie, d'inertie, d'engourdissement, voire de de rêverie inactive, est une affaire sérieuse.

Bruno Duchesne, directeur général de la Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté, lui rend ici un hommage appuyé comme source d’épanouissement.

 

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© Traces Ecrites.

 

A peine les vacances terminées, la rentrée s’installe avec son cortège d’obligations, de réunions ou de séminaires. En quelques jours, l’oisiveté, qui nous avait gagnés pendant les vacances, s’est envolée.

 

Cette paresse qui nous guettait n’est plus qu’un lointain souvenir. Cela paraît parfaitement normal, voire moral, car,de tout temps, la paresse n’a été parée d’aucune vertu.

 

Dans l’Antiquité, la « pigritia », qui est au sens strict la tendance à éviter toute activité, s’oppose à « l’otium », le loisir qui est par excellence la vertu du lettré, défendue par Cicéron et Sénèque.

 

Oserait-on rajouter Diogène de Sinop et son célèbre « ôte-toi de mon Soleil », en réponse à Alexandre, roi de Macédoine, venu lui demander s’il avait besoin de quoi que ce soit.

 

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Dans la littérature classique, Montaigne s’insurge contre la fainéantise, et Rabelais met en scène Gargantua, un géant paresseux et indiscipliné. Quant à Jean-Jacques Rousseau, il définit la paresse comme un état relevant de l’homme à l’état sauvage.

 

Des peintres encore, comme Jérôme Bosch ou Pieter Brueghel, s’inspirant des péchés capitaux, représentent la paresse sous son jour le plus noir.

 

Plus proche de nous, dans le temps et l’espace, Jean-Baptiste Greuze peint, en 1755, “Le petit paresseux”, où un enfant s’est endormi sur son livre, préférant le sommeil à l’étude.

 

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“Ton dos veut bien prolonger ma caresse. Il est écrit dans ton éternité que s'accordent à ta frileuse paresse ma main et son amour inquiété”. (Jorge Luis Borges) © Traces Ecrites.

 

Cette vision est largement inspirée par la religion catholique qui identifie la paresse comme l’un des sept péchés capitaux, consignés par Thomas d’Aquin au 13e siècle après le concile du Latran.

 

Paresse et paresse

 

En y regardant bien, les choses ne sont pas si simples. La paresse condamnée par l’Eglise n’est pas la paresse physique. Il s’agit en réalité de la paresse morale : l’acédie. Elle s’exprime par l’ennui et l’absence d’exercice intellectuel ou spirituel.

 

Et il faut curieusement attendre le 19e siècle et une vision du travail remodelée par la révolution industrielle, pour trouver chez les écrivains ou les économistes une vision plus positive de la paresse.

 

Ainsi, en 1877, Robert Louis Stevenson, plus connu pour être l’auteur de « l’Ile au Trésor » et de « Dr Jekyll et M. Hyde », écrit un essai intitulé « L’apologie des oisifs ».

 

Quelques années plus tard, en 1883, Paul Lafargue, journaliste et économiste, publie « Le droit à la paresse ». Et Bertrand Russel, Prix Nobel de littérature en 1950, n’est pas en reste avec un essai publié en 1932 portant sur l’éloge de l’oisiveté.

 

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Bruno Duchesne. © BP BF-C.

Pourquoi un tel renversement de l’appréciation de la paresse chez les intellectuels ?

 

Parce que, selon eux, l’oisiveté nous ouvre dans le présent, nous rapproche de la nature, orientant nos désirs vers la simple satisfaction de nos besoins fondamentaux. Et cette oisiveté nous délivre de l’impatience du lendemain, de l’espérance, de l’attente ou simplement de la déception.

 

Elle réconcilie les auteurs modernes et les auteurs antiques. Quand Horace écrit « Carpe diem quam minimum credula postero », il nous signifie qu’il faut cueillir le jour présent, sans se soucier du lendemain.

 

Le réalisateur Yves Robert le décrit si bien sous les traits de l’acteur Philippe Noiret dans le film « Alexandre le Bienheureux ».

 

Cette célébration de l’oisiveté se confirme de façon paradoxale par le 1er mai où nous célébrons tous le travail par un jour de congé.

 

Quel plus bel hommage à rendre à la paresse, d’être la récompense du travail, ce qui réconcilie définitivement Horace et Cicéron.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : travail, Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté, Bruno Duchesne, paresse, créativité

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1 réponse(s) à "Eloge de la paresse, source d'imagination, de créativité et de plaisir de vivre"

  1. Pascal DENISdit :

    Bravo à Bruno DUCHESNE pour cet excellent essai sur la Paresse ! à la fois savant et jubilatoire ! Pour coller à notre actualité nationale , restera(it) à la rapprocher de la fainéantise !...:-) Merci encore et , oserais-je l'écrire, bonne rentrée !

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