Dans le Pays de Montbéliard, la troisième manufacture du sellier international Hermès monte en puissance

Publié par Monique Clémens, le 06 avril 2018

MAROQUINERIE/DOUBS. Avec un troisième atelier, tout de bois blond vêtu, qu’elle inaugure ce vendredi 6 avril sur la zone de Technoland à Montbéliard, la maison de luxe française emploiera, à terme, 780 personnes dans le nord Franche-Comté. Le marché du sac à main se porte bien et Hermès a besoin de main d’œuvre qualifiée.

C’est la raison de sa présence sur ces terres plus connues pour l’industrie automobile. L’entreprise travaille en bonne collaboration avec l’école Boudard, à Bethoncourt, et le lycée des Huisselets de Montbéliard, qui préparent au métier de maroquinier d’art.

 

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Une troisième manufacture dans le Pays de Montbéliard faite de bois et d'ouvertures à la lumière. © Benoit Teillet.

 

La manufacture de l’Allan, la troisième que compte Hermès dans le pays de Montbéliard (Doubs), est inaugurée ce 6 avril par Emmanuel Pommier, le directeur général d’Hermès maroquinerie-sellerie, en présence des 112 artisans ou apprentis artisans déjà présents sur le site, des partenaires et élus locaux.

 

Un premier atelier de maroquinerie de la maison de luxe avait ouvert en 1996 à Seloncourt (Doubs), puis un second dix ans plus tard, dans une ancienne usine textile d’Héricourt (Haute-Saône). A eux deux, ils emploient déjà 500 artisans maroquiniers car la demande de sacs à mains de luxe reste soutenue.

 

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Hermès poursuit ses investissements (dont le montant n’est pas révélé) avec ce troisième atelier à proximité de l’école Boudard et du lycée des Huisselets. Deux établissements qui lui fournissent sa précieuse main d’œuvre et qui avaient d’ailleurs justifié l’installation de la marque française sur ces terres plus connues pour leur savoir-faire automobile.

 

« Nous avons ici des racines profondes, nos premiers recrutements d’artisans formés à l’école Boudard datent de 1983 », explique Emmanuel Pommier, « ils étaient tout d’abord destinés à nos ateliers parisiens, puis à celui de Pierre-Bénite, près de Lyon. »

 

« Alors lorsque nous avons eu la volonté de nous implanter sur un troisième pôle, en 1996, nous nous sommes installés ici, à proximité de l’école. Ici, c’est un pays de “bienfacture”, comme disent les Suisses. »

 

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Un apprentissage artisanal d'une année. © Benoît Teillet.

 

La troisième manufacture du pays de Montbéliard comptera elle aussi, d’ici 2023, quelque 250 maroquiniers. Dans le métier, cela semble être la taille idéale pour exercer l’activité tout en gardant une taille humaine, « une taille familiale et artisanale », dit-on chez Hermès. C’est d’ailleurs la maille également retenue par SIS, l’autre grand acteur du cuir en Franche-Comté, du côté d’Avoudrey et de Valdahon.

 

Un travail par îlots de compétence

 

Construits sur la zone d’activités Technoland 2, sur les hauteurs d’Allenjoie, et bardés de bois blond, les bâtiments aux larges ouvertures font une belle place à la lumière naturelle. A l’intérieur, des accès directs aux terrasses, des puits de lumière et un patio où tables et fauteuils côtoient une vitrine exposant différentes éditions des sacs Kelly, l’emblématique “petit sac pour dame” des années 30 ; mais aussi des modèles Constance, Roulis et 24-24, mis au point avec les équipes de Seloncourt.

 

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De part et d’autre du patio, dans différentes ailes, les ateliers et le centre de formation. A l’entrée du premier atelier, un coupeur-préparateur du cuir prépare la peau destinée à être coupée à la machine. « D’abord, il y a la lecture de la peau, qui consiste à la regarder et à la toucher afin de décider jusqu’où on peut aller dans la coupe, en fonction du modèle du sac », raconte Emmanuel Pommier, qui connaît tous les secrets du métier. « Celui-ci est un cuir de veau grainé pleine fleur. »

 

Quelques mètres plus loin, les premiers artisans maroquiniers recrutés et formés depuis décembre travaillent par îlots de quatre : trois nouveaux arrivants pour un tuteur. Car tous les maroquiniers d’Hermès doivent peaufiner leur métier en interne. Le concept est immuable et respecté dans tous les ateliers Hermès : un homme, un sac.

 

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Trois gestes précis d'artisans-selliers chez Hermès. © Alfredo Piola.

 

Chacun doit en effet pouvoir réaliser un sac de A à Z. « Une question de responsabilité, de fierté et de qualité », selon Emmanuel Pommier. L’homme est ici souvent une femme mais le recrutement ne définit aucun critère. Réalisé avec Pôle Emploi selon la méthode de simulation, il ne retient que les aptitudes au métier.

 

C’est ainsi que se côtoient, dans l’atelier, hommes et femmes de 18 à 58 ans, venant de tous secteurs d’activité, et notamment de l’automobile  « à hauteur de 10 à 15% », précise Rémy Henriet, directeur du pôle production Franche-Comté de la maison.

 

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La préparation au CQP (Certificat de qualification professionnelle) à l’école Boudard ou au lycée des Huisselets dure 5 mois et demi. On apprend le maniement des outils – lames à parer, alènes, pinces – , les gestes de la coupe et de la couture. Chez Hermès, ensuite, la formation au modèle – le Kelly, encore, qui exige un grand savoir-faire – prend 5 mois et précède 6 mois de travail sous la supervision d’un tuteur.

 

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© Benoît Teillet.

 

En l’occurrence, ceux de la maroquinerie de l’Allan viennent de l’atelier de Seloncourt pour former les nouveaux arrivants. Enfin, pour valider le diplôme de maroquinier d’art, les aspirants artisans doivent retourner quatre semaines à leur centre de formation.

 

Hermès, les sacs à main et le made in France

 

La manufacture de l’Allan est la seizième que compte Hermès en France. A terme, avec les formateurs et les trois ateliers, le maroquinier emploiera 780 personnes dans le Pays de Montbéliard. Au total, la maison de luxe française emploie 3.200 artisans maroquiniers, répartis par pôles régionaux dans des manufactures de 250 personnes.

 

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Emmanuel Pommier. © Valérie Archeno.

Il y eut d’abord Paris, puis Lyon, puis la Franche-Comté et l’Aquitaine. Le luxe se porte bien et les sacs à main tirent la croissance de la maison (*), qui était de 11% en septembre 2017, pour un chiffre d’affaires global d’un peu plus de 4 milliards d’€. Annoncées début 2018 par le groupe, deux nouvelles ouvertures auront lieu d’ici 2020, en Gironde et en Seine-et-Marne.

 

Chez Hermès, l’activité maroquinerie est 100% française et l’a toujours été. Tous produits confondus, la marque revendique 85% de fabrication française.

 

L’idée est d’aller là où le produit est le meilleur, explique la maison : pour le cuir, c’est en France, mais pour la laque, Hermès travaille avec une entreprise familiale du Vietnam, pour les vêtements et chaussures avec des fabricants anglais et italiens, pour les bijoux avec des artisans touaregs. D’où ces 15% d’activité hors France.

 

(*) En 2017, le chiffre d'affaires consolidé du groupe Hermès International atteint 5,549 milliards d’€, en hausse de +9% à taux de change constants.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Doubs, luxe, Pays de Montbéliard, implantation, Technoland, Hermès, Bourgogne Franche-Comté, travail du cuir, Emmanuel Pommier

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