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Dans le Pays de Montbéliard, la légende de Pompes Japy continue à travers la coopérative

Publié par Pierre-Yves Ratti, le 03 décembre 2018

MÉTALLURGIE/DOUBS. Pompes Japy constitue un des exemples de société coopérative qui fonctionne dans un domaine industriel et concurrentiel. Sa bonne santé l’autorise à envisager une croissance externe dans la pompe électrique, majoritaire sur le marché, tout en préservant sa spécificité dans la pompe manuelle. Visite avec l’Association Entreprendre Vert Est.

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© Pierre-Yves Ratti.

 

L'entreprise Pompes Japy à Fesches-le-Châtel (Doubs), dans le Pays de Montbéliard, est une survivante en forme ! Survivante d'une longue tradition industrielle, puisque Japy née en 1777 (c’était un atelier de montres) a failli disparaître dans les années 1980 (elle fabriquait alors des pompes manuelles).

 

En forme, car elle a stabilisé ses effectifs à une douzaine de personnes et son chiffre d'affaires autour de 2 millions d’€, et bénéficie de fonds propres confortables. Le tout sous le statut d’une Scop, donc d'une entreprise coopérative (Relire l'article de Traces Ecrites News : Pompes Japy refait sa révolution industrielle)

Le retour à la bonne santé économique remonte à 2003. Brigitte Bari venait d'être élue présidente de la société coopérative ouvrière de production et Pierre Lauret, directeur général. Le duo s'attaque au rajeunissement de l'image de Japy : nouveau logo, nouvelle charte graphique, nouveau catalogue.

 

 

Entreprendre Vert Est est une association d’entrepreneurs impliqués dans le développement durable qui leur permet d’échanger leurs expériences, de se porter assistance, de mutualiser les progrès et de « porter la voix de l’entrepreneuriat responsable et écologique dans la sphère publique ».

Toute jeune (elle a été créée en 2018), l’Association Entreprendre Vert Est regroupe une vingtaine d’adhérents actifs, une quarantaine au total, essentiellement des Alsaciens. « Elle concerne aussi la Bourgogne-Franche-Comté », tient à préciser Bernard Meyer, son président (le fondateur de Sterne Environnement). L’une de ses activités consiste à visiter des entreprises comme dernièrement Pompes Japy. Elle participe aussi à des actions de promotion du développement durable comme la Semaine européenne du développement durable et anime un site internet www.entreprendrevertest.com pour sensibiliser le monde de l’entreprise.

 


Mais le parc de machines est plus que vieillissant : il date du plan Marshall ! Il ne répond plus aux normes de sécurité du personnel et constitue à lui seul un frein au recrutement de nouvelles compétences, formées aux outils industriels modernes. Les dirigeants choisissent au lieu d'externaliser une partie de la production, d'investir dans l'outil de fabrication ainsi que dans la formation du personnel.

Mais « quid des valeurs coopératives ? », comme le souligne Pierre Lauret. Il décide alors d’investir dans les machines et les hommes : de 2008 à 2010, Japy acquiert successivement trois machines à commande numérique pour 600.000 €, avec des aides de l'État, de la Région et du Département.

 

 1,7 millions d’€ de fonds propres

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L'une des machines à commande numérique acquises pour remettre l'outil industriel en état. © Pierre-Yves Ratti.

 
Les premiers investissements tombent en pleine crise des subprimes. « On a eu le temps de mettre les machines au point », plaisante aujourd'hui Pierre Lauret. Toutefois la coopérative doit faire face à une baisse du chiffre d'affaires, du résultat en même temps qu'une hausse de l’amortissement.

 

Aujourd'hui, les trois machines sont payées et amorties. Et la Scop se porte bien. Le chiffre d'affaires a doublé pour atteindre le record de 2,3 millions en 2017, niveau qui devrait être égalé en 2018. 25% est réalisé à l'exportation, notamment en Afrique sub-saharienne.

Bénéficiaire depuis 2003, la société a constitué un fonds de réserve de 1,7 million d’€. Son statut coopératif lui a permis de défiscaliser ses investissements et de payer peu d’impôts sur les sociétés.

La production en elle-même est basée sur la préservation du savoir-faire en matière de pompes manuelles, mais sur un marché de niche. Elles sont aujourd'hui essentiellement utilisées pour des produits carbonés, en tant que pompes de secours (par exemple sur des plateformes pétrolières). La dernière innovation est « en exclusivité mondiale », une pompe manuelle qui répond à la norme européenne ATEX 94/9 CE conçue pour transvaser des liquides inflammables ou être utilisée en atmosphère potentiellement explosive.



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Dans l’industrie, le BTP, la chimie ou encore l’énergie, – les marchés de Japy –, la pompe électrique est devenue très largement majoritaire. Autrefois, rappelle Pierre Lauret, la production de pompes était de 6.000 par mois ; elle est aujourd'hui de 6.000 par an… Et la concurrence mondiale est rude. Le prix de vente en entrée de gamme est de 60 € et en haut de gamme à 600 €, alors que les Chinois en proposent à 6 € en entrée de gamme !

 

Pour préserver ses parts de marché, Japy mise donc sur la qualité et la fiabilité, si bien que ses pompes ont la réputation d’être inusables. « Cela passe par une qualité d'usinage et de polissage irréprochables : elles font la qualité de l’aspiration. »

Le dirigeant met aussi en avant la réactivité, avec une fabrication « à la commande » : la production d'une journée correspond à ce qui a été vendu la veille. Elle dispose aussi d’un stock de pompes finies ou semi-finies équivalent à 4 mois de chiffre d’affaires. « C'est un légo », se plaît à expliquer Pierre Lauret : chaque pompe correspond à un usage, auquel correspond une enveloppe et un mécanisme adaptés.

Parallèlement, Japy assure la commercialisation de pompes électriques, en sous-traitance. Mais Brigitte Bari ne cache pas que si se présentait l'opportunité de racheter un fabricant de pompes électriques, la Scop franchirait le pas, pour assurer sa pérennité. Sa réserve de 1,7 million lui permettrait cette croissance externe.

 

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16 SOCIÉTAIRES ET UNE «GESTION DE BON PÈRE DE FAMILLE »

 

Japy est une SA à statut coopératif : une SA Scop. Son capital de départ a été constitué des indemnités de licenciement des sociétaires, suite au dépôt de bilan en 1981 de la société qui fabriquait depuis 1850 des pompes manuelles semi-rotatives pour le transvasement d’hydrocarbures. La Scop compte aujourd'hui 16 sociétaires : des salariés et trois retraités qui ont souhaité conserver une partie de leur participation.
Le statut de sociétaire est obligatoire pour le salarié : il dispose d'une année à partir de son entrée dans l'entreprise pour faire acte de candidature. S'il ne le fait pas, il est réputé démissionnaire.

 

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Pierre Lauret, directeur général : « La qualité d'usinage et de polissage font la qualité de l’aspiration ». © Pierre-Yves Ratti.

 
Les statuts prévoient que 45% des bénéfices sont placés en réserve (d'où des fonds propres de 1,7 million constituée à ce jour). Mais en cas de perte, il appartient aux sociétaires de reconstituer le capital. D'où une « gestion en bon père de famille », selon Pierre Lauret, le directeur. Si la valeur de l'action peut baisser, elle ne peut en revanche dépasser sa valeur initiale.
La Scop pourrait accueillir un sociétaire extérieur qui ne travaille pas dans l’entreprise, mais pour une minorité du capital. Une façon de garantir le caractère de société coopérative.
Chaque sociétaire bénéficie d'une voix à l'assemblée générale. Les sociétaires élisent un conseil d'administration constitué chez Pompes Japy de cinq membres ; les administrateurs élisent le président et le directeur (les fondateurs de la Scop ayant choisi que ces deux fonctions soient séparées). Le mandat de la présidente est de 6 ans, mais elle est révocable à tout moment et renouvelable.
La Scop est propriétaire de son outil de production, mais en cas de dissolution il reviendrait à la Confédération Générale des Scop à Paris.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Doubs, Métallurgie, Pompes Japy, Pierre Lauret, SCOP, Brigitte Bari, Bourgogne Franche-Comté, Association Entreprendre Vert Est, sociétaire

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