Cité(s) des vins de Bourgogne : enfin la fin d’un véritable serpent de mer

Publié par Didier Hugue, le 06 janvier 2017

VIN/BOURGOGNE. Viticulteurs et négociants auront mis du temps : pas moins de 20 ans de parlotte et 6 années de réflexion. Ne boudons toutefois pas leur plaisir, car la Bourgogne viticole n’aura pas une seule cité des vins, mais trois : Beaune (Côte-d’Or), Mâcon (Saône-et-Loire) et Chablis (Yonne).

Ce n’est toutefois pas un luxe, tant l’accouchement s’est fait attendre et n’a eu lieu qu’à l’issue d’un vote en assemblée générale, fin décembre 2016, par 87 représentants - sur 90 - des deux familles viticoles.

Bilan des courses : 72% se sont prononcés pour le projet des trois cités. Les opposants sont à chercher parmi les plus riches viticulteurs de Côte-d’Or, dont l’organisme de défense et de gestion (ODG) de Gevrey-Chambertin.

 

citédesvinsbeaune 

 

Il est enfin né en décembre dernier ce divin enfant. Et même sous la forme de triplé, la Bourgogne viticole acceptant par un vote en assemblée générale de son interprofession de co-financer trois cités des vins : une à Beaune dans le cadre d’une vaste opération urbanistique de la ville, une à Mâcon au sein de la maison des vins, et la dernière à Chablis (Yonne) par une extension du Petit Pontigny, un ancien cellier monastique du 12ème siècle.

 

Que l’accouchement fut toutefois lent et un rien pénible ! Les professionnels, dont Louis-Fabrice Latour et Claude Chevalier, les deux présidents en exercice du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), le constatent eux-mêmes : « un projet inscrit de longue date, dès le plan Ambition 2015, il y a maintenant 6 ans », « une projet évoqué régulièrement au sein de notre interprofession depuis plus de 20 ans », « un projet qui vient de loin »...


Banniere-Fondation-TracesEcrites 

 

Ce « pragmatisme » à petits pas, conclu le 19 décembre 2016 par un vote favorable de 72% des professionnels - seul un quart des représentants et parmi les mieux lotis de Côte-d’Or se sont radicalement opposés - offrira des espaces dédiés à l’oenotourisme pour mieux comprendre ce véritable trésor bachique, sacralisé à l’été 2015 par l’inscription, au patrimoine mondial de l’humanité, des Climats de Bourgogne. Et fort judicieusement, en même temps que l’inscription des coteaux, maisons et caves de Champagne de la région Grand Est.

 

Les futures réalisations bourguignonnes d’un coût global de 16,6 millions d’€, dont 3 millions à la charge du BIVB, découlent d’une forte contrainte imposée : l’équilibre financier de l’exploitation, et d’une même ambition : le souci pédagogique d’expliquer. Voyons déjà ce qui est prévu sur Beaune.

 

Un objectif de 100.000 visiteurs et 25 € de dépense moyenne pour chacun à Beaune

 

Un peu agacé par les tergiversations des professionnels de la vigne et du vin, Alain Suguenot, le député-maire, avait pris les choses en main depuis longtemps. Sur un terrain d’une dizaine d’hectares, propriété de la ville et situé non loin du palais des congrès à l’entrée sud  et près du péage autoroutier de l'A6, va naître une véritable opération urbanistique.

 

hallerabelais
Image non contractuelle de ce qui pourrait être la grande halle de réception, baptisée Rabelais, à Beaune.

 

La cité des vins de Bourgogne et le centre d’interprétation des climats, réunis au même endroit sur 3.600 m2, représentent un investissement total de 10,5 millions d’€. Il sera porté par la municipalité beaunoise et co-financé avec d’autres fonds publics, le BIVB l’aménageant à hauteur d’1,5 million.

 

exercice_illegal_boucle 

 

Elle sera le cœur d’un nouveau quartier commercial où l’on trouvera une galerie marchande, un établissement de formation supérieure au métier du luxe, une grande halle capable d’accueillir jusqu’à 1.200 personnes pour de grandes réceptions, deux restaurants, dont un éphémère pour recevoir des chefs étoilés et leur équipe. 

 

Le site écologique (sans voiture) et à fort « geste architectural » bénéficiera également d’un hôtel classé 5 étoiles. L’acteur de renommée internationale Christophe Lambert pourrait y investir jusqu’à 2 millions d’€.

 

maisondesvinsmacon
La maison des vins de Mâcon qui accueillera la future cité des vins du sud Bourgogne. © BIVB.

 

Les coûts d’exploitation annuels s’élèvent à 2,1 millions d’€, compensés par un chiffre d’affaires d’un montant équivalent et généré par la venue d’au moins 100.000 visiteurs qui dépenseraient en moyenne 25 €, les ventes notamment de coffrets dégustation à la boutique, les formations de l’école des vins, des dégustations mets et vins, ou encore l’accueil de petits séminaires.

 

Un réseau de cités avec celles de Mâcon et Chablis

 

Le projet mâconnais, pour 1.900 m2 de superficie, intégrant 580 m2 de parcours de visite, représente un investissement de 3,9 millions d’€, dont 1 million à la charge de l’interprofession. Il prendra place au sein de l’actuelle maison des vins avec une petite extension de 420 m2 et une réhabilitation d’espaces existants.

 

Les prévisions de fréquentation tournent autour de 65.000 visiteurs dépensant 15,5 € en moyenne, ce qui couvrirait presque totalement les 960.000 € de dépenses annuelles.

 

Plus modeste, mais indispensable dans ce concept de réseau de découverte vini-viticole, la cité des vins de Chablis et de l’Auxerrois atteint 2,2 millions d’€ d’investissement, pour 900 m2,  dont 235 m2 de parcours de visite, co-financés à hauteur de 0,5 million par l’interprofession.

 

petitpontignyten
Le Petit Pontigny où sera aménagée la cité des vins de Chablis et de l'Auxerrois. © BIVB.

 

Selon les mêmes recettes que les deux autres cités, les frais de fonctionnement (860.000 €) seraient absorbés par l’accueil de 63.000 visiteurs mettant chacun la main à la poche pour 17 €.

 

Les ouvertures pour Mâcon et Chablis se feront en 2019 et sans doute un peu après pour Beaune. Un dernier point reste à trancher. Il concerne la gestion. Sera-t-elle confiée à une filiale du BIVB, une société commerciale ou à un opérateur privé ?

 

On regrettera qu’un vignoble, celui de la Côte Chalonnaise n’ait pas lui aussi sa propre cité, sachant qu'avec les Rully, Givry, Montagny et Mercurey, il produit de grands vins et que la maison des vins de Chalon-sur-Saône vient d’être en partie rénovée.

 

Retrouver le secteur des industries viti-vinicole en Côte-d'Or en cliquant sur le logo : 

 

invest



Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires

Mots-clés : Côte-d'Or, Mâcon, Yonne, Saône-et-Loire, Beaune, BIVB, Chablis, Vins de Bourgogne, Cité des Vins de Bourgogne, Bourgogne Franche-Comté, Auxerrois

Découvrez également les articles associés :

La fameuse école de cuisine Ferrandi et un hôtel Hilton à la Cité internationale de la gastronomie et du vin de DijonLa fameuse école de cuisine Ferrandi et un hôtel Hilton à la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon
Immobilier d'entreprises : pénurie à Dijon et à BesançonImmobilier d'entreprises : pénurie à Dijon et à Besançon
François Sauvadet veut imaginer en Côte-d’Or le département du futurFrançois Sauvadet veut imaginer en Côte-d’Or le département du futur
Reims fait du mécénat à grande échelle pour restaurer son  patrimoineReims fait du mécénat à grande échelle pour restaurer son patrimoine

Commentez !


Combien font "3 plus 10" ?

Envoyer votre commentaire