Cité de la gastronomie, soupe à la grimace entre Dijon et Beaune

Publié par Christiane Perruchot, le 05 novembre 2012

GASTRONOMIE. Info ou plutôt intox ? Le tiercé finaliste de la compétition pour la cité de la gastronomie - dans le désordre : Dijon, Tours et Rungis -, circulait aussi vite que le téléphone arabe, mercredi dernier, lors de l'inauguration de la foire gastronomique de Dijon.

Exit Beaune, capitale incontestée du vin de Bourgogne, elle-aussi candidate, ainsi que Lyon, très sérieuse concurrente de Dijon qui lance son comité de soutien ce lundi 5 novembre ?

Encore un peu de patience, et le suspens sera levé, à priori avant la fin de l'année.

Si les politiques sont dans les starting block, bien décidés à défendre leur territoire et rien que le leur, les professionnels font preuve de davantage de diplomatie.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Unies dans le projet de classement de la côte viticole au patrimoine de l'Unesco, faisant suite à l'inscription au patrimoine culturel immatériel de l'humanité (Unesco) du Repas gastronomique des Français, les deux villes bourguignonnes de Beaune et de Dijon (Côte-d'Or), distantes d'une cinquantaine de kilomètres, se disputent la meilleure façon de célébrer, partager et transmettre cet art de vivre.

Depuis la présentation de leurs projets respectifs, le 15 octobre dernier devant la mission française du patrimoine et des cultures alimentaires (MFPCA), chacune s'arqueboute à ses atouts : le vin pour Beaune, une communauté universitaire autour de l'agroalimentaire pour Dijon.

Les deux projets sont ambitieux. Ils représentent un investissement de 80 millions d'€ à Beaune, de 55 millions à Dijon.

Le premier s'autofinance, assure Alain Suguenot, maire (UMP) de Beaune, sans que l'on ait pu obtenir des précisions supplémentaires. Le second sera financé aux deux tiers par le privé, affirme de son côté, François Rebsamen, maire (PS) de Dijon qui dit être en contact avec des compagnies d'assurance.

Première des deux bourguignonnes à avoir annoncé sa candidature, Beaune s'appuie sur les étoilés Michelin, le Relais Bernard Loiseau et Lameloise. Dijon qui lui a emboîté le pas, dit avoir des soutiens politiques, notamment celui du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll et, pour une fois, reçoit l'approbation de son opposition municipale.

La trainée de poudre, habilement répandue par le maire de Dijon à travers les allées de la Foire de Dijon a rapidement fait réagir le maire de Beaune. «Il faut savoir qu’il n’y aura pas de décisions annoncées avec des tours éliminatoires», dit-il dans un communiqué.

Déjà la double candidature bourguignonne avait dessiné deux camps : «Pourquoi le maire de Dijon veut-il ainsi voler la vedette à  Beaune ?», s'interrogeait le sénateur (UMP) Alain Houpert.

Si les politiques sont dans les starting block, bien décidés à défendre leur territoire et rien que le leur, les professionnels font preuve de davantage de diplomatie.

«Il faut rapprocher les deux projets pour renforcer nos chances de l'emporter», ont déclaré Pierre Guez, le président du pôle de compétitivité Vitagora et Marc Meneau, étoilé Michelin à Saint-Père-sous-Vézelay (Yonne), en marge de l'inauguration de la foire gastronomique de Dijon. «Beaune porte incontestablement l'image du vin, Dijon a les atouts d'une grande ville et une communauté universitaire».

L'interprofession viticole préfère Dijon

Sans le dire officiellement, les professionnels du vin de Bourgogne, peu présents à Dijon, défendent pourtant cette dernière.

La cité de la gastronomie qui vantera les mets et par conséquent, les vins qui les accompagnent, du monde entier, dérange le projet de cité du vin de l'interprofession viticole, dédiée exclusivement aux bourgognes.

Estimé à 80 millions d'€ sur un terrain municipal de 20 ha, près du péage de l'autoroute A6 où est déjà installé le palais des congrès, la candidature beaunoise intègre en effet ce projet au sien, aux côtés de restaurants, de marchés et d'un atelier des sens. La cité de la gastronomie se déploiera sur 10 000 m2 répartis en sept pavillons, dont 4200 m2 dédiés à la recherche et à la formation.

Le dossier de candidature met en exergue une forte dimension pédagogique : «un lieu d'apprentissage, de dégustations, de découvertes, facilitateur de liens intergénérationnels». A la façon d'une pépinière ou d'un incubateur, il propose à travers ses «Fablabs» de mettre en réseau des laboratoires locaux du monde entier, des producteurs et des transformateurs de produits.

Dijon trouve matière à reconvertir le site de l'ancien hôpital général, en partie classé aux monuments historiques en mariant, pour 55 millions d'€, des commerces des métiers de bouche, un hôtel de 150 chambres et des structures de formation et de recherche, sur 24 000 m2.

Sur ce site de 6,5 ha aux portes du centre-ville, dont la moitié sera dédiée à un écoquartier, une déambulation mènera à un marché couvert, une vinothèque, une galerie commerciale avec des restaurants, des boutiques de produits alimentaires et des bars de dégustation.

La candidature dijonnaise s'appuie sur «une force de frappe scientifique», avec les 400 chercheurs du groupement d'intérêt scientifique (GIS) Agrale qui rassemble l'INRA, l'Université de Bourgogne et AgroSup Dijon, précise Didier Martin, adjoint au maire délégué au tourisme.

Elle fait également valoir des atouts culturels : un fonds documentaire de 12 000 menus à la bibliothèque municipale et d'importantes collections de vaisselles au musée des Beaux-Arts.

Lyon, concurrente redoutée

On comprend la course-poursuite que se font les deux villes bourguignonnes. Les économiques d'un tel projet sont non négligeables.

Avec un potentiel de 750 000 visiteurs par an captés par la proximité de l'A6, Beaune les chiffre à 23 millions d'€ par an (avec un prix d'entrée de 7,50 €) et 321 emplois directs. Dijon n'avance pas encore de chiffres.

Reste à peser les chances de l'une et de l'autre, sans oublier les concurrents sérieux que sont les trois autres villes candidates (2) : Tours, Lyon et Rungis associé à Chevilly (Val de Marne).

«L’Etat ne peut pas valider des projets avec des budgets aussi importants et prendre le risque de ne jamais les voir se réaliser», a déclaré l'entourage du maire de Lyon, à Rue89.

«J'ai dit au maire de Lyon que les chefs étoilés en Bourgogne valent bien ceux du Rhône», a rapporté François Rebsamen à l'assistance, mercredi dernier à la foire de Dijon.

Gérard Collomb, maire de Lyon, est son concurrent le plus redouté car, comme lui, il compte sur ses affinités politiques au sein du gouvernement.

(1) A l'image de ce qui a été fait pour la candidature des terroirs de Bourgogne au patrimoine mondial de l'Unesco, tout citoyen pourra apporter son soutien au projet. Des cartes sont distribuées au sein de la foire gastronomique.

(2) Versailles a déposé forfait juste avant l'audition des candidats le 15 octobre dernier.

Pour en savoir plus sur le patrimoine immatériel de l'humanité, voir le le site de l'Unesco

Lire la réaction de Lyon sur Lyon Mag MISE À JOUR 6 NOVEMBRE 2012

Le même jour, Jean-Robert Pitte, président de la Mission Française du Patrimoine et des Cultures Alimentaires, qui choisira le site pour accueillir la cité de la gastronomie, était à Beaune aux côtés du maire Alain Suguenot, pour évoquer un autre dossier, celui de la candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO des Climats de Bourgogne, indique la mairie de Beaune dans un communiqué.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires

Mots-clés : Dijon, gastronomie, foire gastronomique, Bourgogne, Côte-d'Or, tourisme, agroalimentaire, Beaune, Unesco, Vins de Bourgogne

Découvrez également les articles associés :

Fusion Bourgogne Franche-Comté : la synthèse des travaux franc-comtoisFusion Bourgogne Franche-Comté : la synthèse des travaux franc-comtois
La fusion Bourgogne Franche-Comté, « étape obligée » avant l'élargissement au Grand EstLa fusion Bourgogne Franche-Comté, « étape obligée » avant l'élargissement au Grand Est
Le nouveau projet de transport en commun de Montbéliard joue la carte de l'aire urbaineLe nouveau projet de transport en commun de Montbéliard joue la carte de l'aire urbaine
Bourgogne Franche-Comté : deux piscines rénovées selon la procédure de la conception-réalisationBourgogne Franche-Comté : deux piscines rénovées selon la procédure de la conception-réalisation

2 réponse(s) à "Cité de la gastronomie, soupe à la grimace entre Dijon et Beaune"

  1. dijon-ecolodit :

    Dijon, cité de la gastronomie, pourquoi pas. Mais attention au grand écart avec ce que tout le monde voit dans la rue: http://citedelagastro-dijon.com

  2. Romanée Contidit :

    Les jeux sont encore loin d'être fait ! N'en déplaise à Mr Rebsamen qui ne cherche qu'à se faire un petit peu de buzz en plus à travers ses petites piques... Une chose est sûre, c'est bien à Beaune que l'on trouve le "concentré" de la cuisine du terroir bourguignon ! Et contrairement à ce que Mr Rebsamen cherche à faire croire, Beaune A les capacités d'accueillir cette cité et n'a rien à envier à Dijon. Avec sa fréquentation touristique en hausse chaque année, sa situation géographique et son "vrai" patrimoine gastronomique et culturel, BEAUNE est l'emplacement parfait pour que cette cité connaisse un véritable essor !

Commentez !


Combien font "9 plus 5" ?

Envoyer votre commentaire