Charlois se dote d’un centre de R&D et d’une tonnellerie très haut de gamme

Publié par Didier Hugue, le 11 mai 2015

TONNELLERIE/BOURGOGNE. Le deuxième fabricant français de tonneaux, fûts ou encore barriques, investit 2,5 millions d’€ dans un centre de R&D et une tonnellerie haut de gamme pour séries limitées à Murlin (Nièvre), son berceau d’origine.

Ce nouveau développement intervient parallèlement à une restructuration financière de l’entreprise qui voit Sylvain Charlois, le P-DG, remonter à hauteur de 67% du capital et le fonds britannique ICG en prendre 33%.

 

merrain

 

Décidemment, l’un de nos plus vieux métiers, inventé par les Gaulois, est aussi l’un des plus dynamiques. Et la France possède avec TFF Group, le numéro un mondial, la Tonnellerie de MercureyRousseau et bien sûr, Charlois les tout premiers opérateurs du secteur.

 

A Murlin, dans la Nièvre, où est né le groupe Charlois en 1928, au départ comme merrandier, l’heure d’un nouveau développement a sonné. « Nous nous dotons d’un centre de R&D et d’une petite tonnellerie très haut de gamme dédiée à des séries limitées », indique Sylvain Charlois, le P-DG.

 

Le premier s’étendra sur 600 m2 et accueillera sept ingénieurs et techniciens appelés à imaginer de nouveaux produits, tant dans leur forme, leur contenance que dans la méthode de fabrication que dans le choix du bois. Par exemple, améliorer la surface de contact du vin et du bois, afin d’offrir l’alliance souhaitée suivant les modes de vinification.

 

centrerd
Le futur centre R&D du groupe Charlois : le Laboratoire EXACT qui démanagera de Mâcon à Murlin .

 

Quant au second, il prendra place à deux pas dans un bâtiment du 18ième siècle rénové pour produire seulement cinq unités par jour avec des Meilleurs Ouvriers de France (MOF). « Nous réserverons ces allocations à nos meilleurs clients », précise Sylvain Charlois. L’investissement global s’élève à 2,5 millions d’€ et sera opérationnel début 2016.

 

Comme pour ses confrères, l’opération intervient dans une conjoncture porteuse pour le tonnelier qui réalise 53 millions d’€ de chiffre d’affaires, dont 57% à l’international dans 40 pays, et emploie près de 300 personnes. Le marché du tonneau, s’il reste modeste avec une soixantaine d’acteurs en France et 350 millions d’€ d’activité, a une large marge de progression.

 

Une bonne intégration dans la filière

 

« Il faut savoir que seulement 1% des chênes transformés deviennent des merrains (*) et que moins de 2% des vins passent en fût de chêne », indique le dirigeant. De surcroît, la « french touch » en matière d’œnologie est La référence des pays producteurs de vin.

 

Charlois possède comme autre atout une bonne intégration dans la filière. Métier d’origine, la merranderie se déploie en deux sociétés : Maison Charlois et Nièvre Merrain créée en 1998. Et en 2008, c'est au tour de la scierie Malviche, toujours dans la Nièvre, à quelques kilomètres de son siège social, qui lui permet de maîtriser la première transformation. 

 

Outre la fabrication de palettes en bois de chêne, les activités de Malviche concernent aussi les traverses de chemin de fer (numéro un français), le négoce et l'achat de coupes de bois et de grumes, l'exploitation forestière et le recyclage.

 

tonneaufeu

 

Pour valoriser ses merrains, l’entreprise se lance dans la tonnellerie en 2006, avec déjà la reprise de Berthomieu et sa filiale Ermitage à la Charité-sur-Loire (Nièvre). Elle s’offre  en 2009 Saury (Corrèze) et ses deux tonnelleries de la région de Cognac : Leroi - anciennement Martell & Co -, dédiée aux eaux-de-vie et spiritueux, puis Erable, spécialisée dans la production de cuves et de foudres.

 

Enfin, en janvier 2011, Charlois s’implante aux États-Unis avec le rachat d’une tonnellerie devenue Charlois Cooperage USA.

 

L’entrée du fonds Intermediate Capital Group (ICG)

 

Pour être exhaustif, deux autres sociétés complètent le tableau : le laboratoire EXACT, installé à Mâcon (Saône-et-Loire) et spécialisé dans la caractérisation d'arômes, la recherche de défauts organoleptiques et la sécurité alimentaire, et Oenosylva (boisage œnologique), à Saint-Martin-du-Puy (Nièvre).

 

Pareil appétit de croissance externe impose une structure financière de plus en plus solide et, Sylvain Charlois l’a bien compris. A l’occasion du départ voulu d’actionnaires, dont le fonds Ardian (Ex-Axa Private Equity), il a restructuré ses fonds propres.

 

fabricationdetonneaux

 

Par l’entremise d’Edmond de Rothschild Corporate Finance, le fonds d’investissement britannique ICG (Intermediate Capital Group) qui gère environ 15 milliards d’€, prend 33% du capital et apporte une trentaine de millions en mezzanine.

 

Petite explication pour les non-initiés, la « Mezza », ressource supplémentaire, se définit comme des quasi fonds propres mais ne se rembourse qu’après la dette senior (bancaire). Selon le lexique financier du journal Les Echos : « dans les montages à effet de levier (LBO), le financement mezzanine fait partie du schéma à étages de financement entre la dette et les capitaux propres. La dette mezzanine est une dette subordonnée non cotée et souscrite par des fonds spécialisés. Les titres hybrides (OBSA, obligations convertibles, ORA, bons de souscription d'actions) sont généralement utilisés comme supports. »

 

« Nous croyons fortement au potentiel de Charlois pour la qualité de ses produits, la compétence de son management et son judicieux positionnement sur ses marchés », commente François Paillier, président du directoire d’Edmond de Rothschild Corporate Finance.

 

De son côté, Sylvain Charlois renforce sa participation et devient largement majoritaire, avec 67% des parts sociales.

 

exercice_illegal_boucle

 

(*) Pièces de bois de chêne fendus en menues planches qui servent à faire les douves ou douelles des tonneaux.

 

sylvaincharloisQui est Sylvain Charlois ?

 

Un enfant de la forêt qui, dès son plus jeune âge, parcourt les bois de la Nièvre et travaille dans la merranderie familiale avec son père et ses frères. Arrivé à la tête de l’entreprise en 2000, il conduit un développement soutenu.

 

A seulement 37 ans, il engage une nouvelle étape en s’appuyant sur une « équipe solide ». Parmi ses revendications de chef d’entreprise, une antienne, maintes fois rapportée sur tracesecritesnews.fr : « nous sommes harassés de contraintes administratives la plupart du temps complètement inutiles, mais qui entretiennent un système. »

 

Photos fournies par le Groupe Charlois.

 

tonneauxcharlois



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Bourgogne, Mâcon, Vin, Nièvre, Tonnellerie, filière bois, Charlois, merranderie, tonneau, recherche et développement, Sylvain Charlois, ICG (Intermediate Capital Group), laboratoire EXACT, Oenosylva, scierie Malviche

Découvrez également les articles associés :

Les frères Allemandou inaugurent avec Frapak leur seconde usine de plasturgie à Sens en association avec Marjolein PutterLes frères Allemandou inaugurent avec Frapak leur seconde usine de plasturgie à Sens en association avec Marjolein Putter
En Moselle, Laboratoires Lehning inaugure un investissement de 12,4 millions d’€En Moselle, Laboratoires Lehning inaugure un investissement de 12,4 millions d’€
La brasserie familiale alsacienne Meteor met la huitième génération aux commandes de ses cuves La brasserie familiale alsacienne Meteor met la huitième génération aux commandes de ses cuves
François Labet, le bien né et bien éduqué vigneron du Château de la Tour au sein du domaine du Clos de VougeotFrançois Labet, le bien né et bien éduqué vigneron du Château de la Tour au sein du domaine du Clos de Vougeot

Commentez !


Combien font "3 plus 8" ?

Envoyer votre commentaire