Chalon-sur-Saône : ART Industrie Bourgogne se refait une santé

Publié par Didier Hugue, le 12 septembre 2014
ART assure du montage et câblage pour de grands groupes industriels.
ART assure du montage et câblage pour de grands groupes industriels.

MÉCANIQUE. L’entreprise de Patrick Ravel renaît suite à un dépôt de bilan en 2011 avec plan de continuation sur dix ans.

Que de galères toutefois pour cet industriel à qui il ne manquait que 400 000 € pour éviter cette procédure aussi lourde que contraignante et coûteuse.

D’autant que l’activité est immédiatement repartie et que, depuis trois ans, ART renoue avec les bénéfices. Témoignage.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Patrick Ravel, président d’ART Industrie Bourgogne, implantée à Fragnes, près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), aura beaucoup de choses à raconter à ses petits-enfants sur la nature humaine.

Surtout à la suite du dépôt de bilan subi en 2011 et qui, assure t-il, aurait pu être facilement évité si l’une de ses banques lui avait racheté en lease-back (*) bureaux et ateliers d’une superficie de 1000 m2.

Le chef d’entreprise vit d’autant plus mal la situation que le passage à vide de 2009-2010, où sa société aux compétences multiples : maintenance d’équipement, transfert industriel, conception-réalisation de machines spéciales et montage et câblage à façon, a enregistré une chute d’activité de 35%, n’a été qu’un aléa d’un parcours engagé il y a maintenant plus de vingt ans.

« Dans cette situation,  personne ne vous écoute, vous êtes un paria, un laissé-pour-compte, presque un escroc à enfermer séance tenante. Dans les pays anglo-saxons et notamment aux Etats-Unis, faire ce que nous faisons pour rebondir serait respecté (**)», affirme le dirigeant.

Son témoignage démontre les conséquences désastreuses, en termes d’image, d’activité et de vie privée, d’une telle procédure.

« Vous ne pouvez plus rien faire, il faut tout payer au cul du camion, le crédit-bail vous est interdit, de même que la location longue durée…, si on cherchait à encore plus vous couler, on ne s’y prendrait pas autrement », assure Patrick Ravel.

Le chef d'entreprise ne mâche pas ses mots quant il évoque tous ceux qui se gavent en toute légalité sur le dos de l’entreprise en difficulté : mandataires et administrateurs judiciaires. Et d’autres, appelés les « vautours », en la personne de concurrents qui cherchent à racheter des actifs à vil prix.

L'entreprise chalonnaise réalise aussi des équipements sur-mesure.
L'entreprise chalonnaise réalise aussi des équipements sur-mesure.

Un grand vide

On trouve aussi dans cet inventaire à la Prévert les pleutres, ces amis de toujours qui fondent comme peau de chagrin et n’osent plus vous saluer et des clients qui annulent leur commande le jour même où le dirigeant a la franchise de leur indiquer la situation (***).

« Ce dépôt de bilan m’aura coûté la modique somme de 100 000 €, une déprime, mais pas de divorce, alors que cela arrive dans de nombreux cas », confesse Patrick Ravel.

L’homme a du caractère et l’envie de se battre. Mieux, il est devenu plus fort car le mot : fatalité n’appartient pas à son vocabulaire.

D’autant qu’ART (Assistance et Réalisation Technique) a une histoire et des ressources. Elle a été créée en juillet 1994 par trois associés qui ont repris l’agence de Chalon-sur-Saône du groupe Sartec.

En janvier 2008, Patrick Ravel devient l’unique actionnaire et poursuit un développement autour du métier historique de la maintenance industrielle.

Conscient que ce champ d’intervention est trop limité, il se dote en 1998 d’un bureau d’étude en mécanique et en 2000, d’un autre en électricité et automatisme.

Ces outils lui permettent de concevoir des machines spéciales de faible cadence. « Nous nous sommes fait également une carte de visite dans le transfert industriel où nous allons jusqu’à réinstaller des usines clés en main, comme dans le montage et le câblage à façon pour des groupes comme Cermex, Savoye, NFM, Thimon... », explique l’industriel.

ART dispose de deux bureaux d'étude, l'un dédié à la mécanique, l'autre pour l'électricité et les automatismes.
ART dispose de deux bureaux d'étude, l'un dédié à la mécanique, l'autre pour l'électricité et les automatismes.

Le rebond

Cette panoplie de savoir-faire a réenclenché un redémarrage de l’activité dans la foulée du dépôt de bilan.

Les comptes, clos au 30 juin, sur trois exercices le prouvent : 4,75 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2012, 14 300 € de profit ; 4,58 millions d’€ en 2013, 151 700 € de résultat net et 5,1 millions d’€ cette année pour près de 200 000 € de bénéfices.

En outre, ART fait partie des membres fondateurs du réseau ProEco2 où 42 entreprises mutualisent leurs forces dans les domaines du traitement de l’air, de l’eau, des déchets, de l’énergie…

Depuis peu, un réseau parallèle (ProGC France) s’est constitué en matière de génie civil. « Cela nous procure 15% d’activité », se félicite Patrick Ravel qui conclut sa mésaventure par une vraie note d’espoir : « Désirant transmettre l’entreprise à mes cadres, je n’ai d’autre choix que de réussir ».

(*) Le lease-back est une procédure par laquelle une entreprise propriétaire d'un bien d'équipement ou à usage professionnel le cède à une société de crédit-bail, qui le remet immédiatement à sa disposition par une opération de crédit-bail mobilier ou immobilier selon la nature du bien cédé.

De telles opérations ont essentiellement pour but de procurer à l'entreprise des capitaux à long terme pour financer des immobilisations nouvelles, ou de consolider des crédits relais à court terme pour rééquilibrer le bilan. (Source : Les Echos)

(**) A déguster cette vidéo du journal Les Echos où Carlos Diaz, entrepreneur français expatrié aux Etats-Unis, explique que l'herbe n'est pas forcément plus verte ailleurs, mais... Vidéos.lesechos.fr

(***) Certains ont toutefois eu l’élégance de régler leurs factures par anticipation.

Lire sur le sujet des faillites l’article de Mériadec Raffray, publié dans la revue Perspectives Entrepreneurs.

Patrick Ravel, président d'ART Industrie Bourgogne.
Patrick Ravel, président d'ART Industrie Bourgogne.

Qui est Patrick Ravel ?

Ce Bressan de 50 ans est titulaire d’un BTS en bureau d’études et d’une année de spécialisation en informatique.

Entré dans le groupe Sartec en 1985, il est tout d’abord dessinateur industriel, puis chargé d’affaires.

En 2000, il devient directeur d’exploitation d’ART qu'il rachète complètement en janvier 2008.

Bricoleur très inspiré, il retape entièrement pour son plaisir une vieille maison jurassienne qui n’était plus habitée depuis 1932.

Crédit photos : Traces Ecrites.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Bourgogne, Chalon-sur-Saône, Saône-et-Loire, ingénierie, mécanique, redressement judiciaire, ProÉCO2, dépôt de bilan, Gebo Cermex, machine spéciale, maintenance industrielle, Patrick Ravel, câblage, plan de continuation

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2 réponse(s) à "Chalon-sur-Saône : ART Industrie Bourgogne se refait une santé "

  1. cencedit :

    Quelle résilience !? Bravo pour cette énergie ...

  2. Guyarddit :

    Bonjour, Passionnant cette aventure! Où l'on voit les vrais leviers de la mise en difficulté des PMI! Il serait intéressant de lancer une étude auprès d'elles pour voir à quel point le refus des banques d'aider des PMI performantes lors d'épisodes tendus est destructeur. Mais je crains que la loi du silence soit trop forte; bien plus confortable d'accuser systématiquement les politiques et les règlements, de faire l'autruche quoi.

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