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«On ne peut plus financer les vins de garde»

Publié par Dominique Bruillot, le 06 février 2012

AVIS D'EXPERT. Intarissable sur le sujet, le vigneron scientifique Bernard Hudelot milite pour le vin de garde.

Il est bon pour la Bourgogne, les finances et la santé.

Avec ça, si vous n'êtes pas conquis, allez vous faire voir chez Parker..., le célèbre critique de vins.

Cliquez sur la photo pour l'agrandir.

«Je suis né paysan, en autarcie, à Villars-Fontaine, pendant la guerre. On vivait avec les vaches et les cochons». Il est comme ça Bernard Hudelot.

En moins de deux il vous repeint le paysage et balaie plus d'un demi siècle d'histoire avec la fraîcheur d'un jeune homme. Peut-être est-il lui même fait de cette garde qu'il défend si bien.

Avant de devenir universitaire vigneron, il a tâté de la mécanique et de l'électricité. Mais aux premières heures de la renaissance du vignoble des Hautes Côtes, celui qui portera plus tard l'ambitieux projet des vignes hautes, iconoclaste du cep s'il en est, s'est investi avec militantisme dans la défense de son terroir.

Puis dans la biologie. Puis dans la défense de son terroir. Puis dans le négoce à la tête de la maison Clavelier. Puis dans la défense de son terroir. Puis dans la filière vigne et vin de Vitagora. Puis dans la défense de son terroir. Et cetera.

Son grand cheval de bataille, parmi mille vies, reste cependant le vin de garde en Bourgogne. «La bonne question à se poser c'est de savoir qui du client ou de la région doit décider du vin qu'il faut boire. Dans un cas, on fait du vin pour être bu jeune. A vouloir faire du primeur, est-ce qu'on ne finira pas comme le Beaujolais, c'est-à-dire pas très bien ? Alors que si on raisonne un peu, ce qui fait la force de notre région, c'est la qualité de nos climats, c'est notre exception».

Un jeune vigneron a dû vendre une bonne partie de son stock aux enchères

Il est vrai que tout n'est pas aussi rose qu'il n'y parait sur nos coteaux. Récemment, un jeune vigneron de la Côte de Nuits a dû vendre une bonne partie de son stock aux enchères, à des confrères souvent, pour échapper à la pression bancaire qui ne fait que croître.

Cela n'a pourtant rien de bien sorcier à comprendre. Les stocks sont valorisés selon des méthodes comptables, créant de la fiscalité ; les banquiers doutent de la valeur de ces stocks et rechignent à les financer ; l'exploitant se trouve alors pris à la gorge.

Bernard Hudelot affiche sa théorie sur le sujet : «le comptable aligne des chiffres suivant un système modifié par les banquiers. Les ratios de solvabilité qui ont été changés en 88 à Bâle (NDLR : ratio Cooke) mettent en rapport le haut de bilan et les encours. A cause d'eux, on peut plus financer les vins de garde, il faut aller plus vite». Ce qui, de fait, prive les vins de Bourgogne de ce qui fait leur caractère unique et exceptionnel, la garde.

Sous l'impulsion du propriétaire du domaine de Montmain et de la juriste et œnologue Chantal Pegaz, Vitagora a donc voulu, en 2006, encourager la naissance de Fivin 3V, une société financière destinée à favoriser «la renaissance d'un vin noble».

Avec l’idée, notamment, d’accompagner viticulteurs et négociants dans le financement de l'élevage et du vieillissement. «Nous avions créé une ingénierie financière nouvelle, basée sur 5% de la production régionale soit 100 millions d'euros, et le conseil régional soutenait à hauteur de 20 millions d'euros de garantie de prêts. Le système était cadré, il faudrait le remettre en place, je ne suis pas le seul à le penser, même si on m’écoute que d’une oreille».

Des caves spéculatives

Pour les vœux de la nouvelle année, le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne  (BIVB) affichait une certaine sérénité. Un avis pas totalement partagé par Bernard Hudelot: «Quand on vous dit au BIVB qu'on a une année d'avance c'est bien, mais s'il arrivait un accident climatique comme il n'y en a pas eu depuis 15 ans, on serait mal».

Une fois encore, la solution tient dans la durée. Encore plus que dans les cépages. «Le gamay est le fils du pinot noir, un vieux gamay de 15 ans d'âge n'a rien à lui envier », répète Bernard Hudelot, mais surtout, «nous sommes une tête d'épingle dans les vins du monde et il faut se différencier avec nos vrais atouts, avec des vins d'exception».

Du point de vue personnel, à la marge des 30 hectares qu’il exploite, il trouve le temps de poursuivre son travail à l'international. Au Brésil, en Asie ou sur les îles, le globe trotteur des vins de garde développe de nouveaux systèmes de financements.

«J’ai copié les Bordelais en allant plus loin avec ce que j'appelle l'avant primeur: le client fait une réservation sur une unité de surface avant que la vigne démarre. Il paie en janvier 2012 pour acheter 2 ou 3 ans après la récolte du millésime. C'est un petit peu moins cher, mais le vin est en contrepartie diminué du poids des intérêts bancaires».

Malgré quelques discussions avec le fisc sur la problématique de la TVA, le système fonctionne. Il se double désormais d'une autre trouvaille maison: la cave en location. Bientôt, Bernard Hudelot va arracher quelques plants de vignes pour construire des abris d'un genre spécial.

«Avec la crise financière, un certain nombre de personnes craignent la dévaluation, délaissent les assurances vie pour se réfugier dans de nouvelles spéculations. Grâce à des méthodes moderne de conservation, de sécurisation et de suivi, une capacité de 3000 à 3500 bouteilles par cave, ces investisseurs pourront, dans 10 ou 15 ans, déboucher les beaux flacons de leur grand-père, la bouteille mythique de leur année de naissance, ou celle qui fait rêver les rois du monde entier… ».

Voire même faire du profit, car on y revient toujours.

Vins de messe et vins de garde. «Il faut aller chercher les polyphénols, c'est-à-dire les facteurs bons pour la santé, le cœur, anti-cancer, bons pour Alzheimer, dans les pépins, dans le bébé de la maman et respecter 3 semaines de cuvaison. » Responsable de l'association Vin et Santé au niveau national (une autre de ses innombrables casquettes), Bernard Hudelot souligne la contrepartie de ce choix: « Après 24 mois dans un fût de chêne, on obtient des vins polymérisés, difficiles à boire jeunes, qui ne s'ouvriront que dans 24 mois. C'est dans la vieillesse qu'on trouvera ensuite la jeunesse éternelle. Le vin c'est le sang du Christ, c'est « A votre santé !»

Puis, allant plus loin encore dans le politiquement non correct: «si l'alcool est le produit aussi dangereux qu'on prétend, alors pourquoi nos grand-mères parlaient-elles de l'eau de vie ? Revenir à nos valeurs anciennes n'a rien d'un hasard si nos anciens l'on fait. Les autres, ceux qui le veulent, n'ont qu'à garder "Parker" avec eux. Nous, en Bourgogne, il faut qu'on reste avec nos vrais vins». Et voilà, la messe est dite.

Retrouvez cet article et d'autres sur le vin de Bourgogne dans Dijon-Beaune Mag de janvier 2012. www.facebook.com/Dijon.Beaune.Mag

Photo : Michel Joly. micheljoly.viewbook.com/



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Bourgogne, Vin, négoce, finances, vins, viticulture, banques

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2 réponse(s) à "«On ne peut plus financer les vins de garde»"

  1. delilledit :

    On a le même problème à Bandol avec notre cépage le Mourvèdre qui n'excelle véritablement que vers 10 ans. On se bat depuis des années pour faire valoir cela

  2. Harold Guillemindit :

    Bonjour. L'article est très intéressant sur l'aspect économique de l'élevage et du vieillissement des vins de garde de la Bourgogne. Cependant le nom de "Parker" montré de façon négative aurait pu être cité entre parenthèses comme étant le critique Robert Parker. H Guillemin Directeur de Parker à Dijon et lecteur assidu de Traces Ecrites News.

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