«Le marché de l’intérim révèle la santé d’une économie»

Publié par Didier Hugue, le 31 mai 2011

Avis d’expert. Patrick Tuphé dirige avec son associé, Jean-Philippe Richard, Bourgogne Intérim et Intérim’r (9 agences, 26 salariés, 13 millions d’€ de chiffre d’affaires).

Réélu le 11 mai dernier, président des Professionnels de l’Intérim, Services et Métiers de l’Emploi (PRISME) pour les régions Bourgogne et Franche-Comté (*), il nous explique les différentes facettes de son métier, sa conjoncture, son utilité dans une économie souvent instable et la nécessité de réformer le tiers temps.

Que recouvre aujourd’hui le métier de l’intérim ?

Depuis la loi Borloo de 2005, les agences d’intérim sont devenues des agences d’emploi. Outre la mise à disposition de personnels temporaires, qui définit l’intérim, nous pouvons aussi recruter et effectuer du placement, c’est-à-dire accompagner et suivre les demandeurs d’emploi en partenariat avec les pouvoirs publics. Nous couvrons en conséquence la quasi-totalité du spectre de l’emploi : CDI, CDD, contrats de professionnalisation…, en offrant, je le crois, une réponse efficace à la lutte contre le chômage.

Comment se porte le marché de l’intérim stricto sensu en Bourgogne et Franche-Comté ?

Après le trou noir de 2009, avec, comparé à 2008, une chute de 36,5% en Bourgogne et de 35,5% en Franche-Comté, il repart depuis l’an dernier. Nous avons bénéficié d’une progression de près de 15% en Bourgogne et, fait notable, de 37,7% en Franche-Comté, résultat essentiellement dû à la filière automobile fédérée autour du constructeur PSA. C’est dire si ce marché reflète la reprise, car nos chiffres sur les quatre premiers mois confirment la forte progression des emplois intérimaires. L’intérim est un véritable indicateur en temps réel de la santé d’une économie.

Si je vous suis bien, de très nombreux intérimaires travaillent dans l’industrie or, ils sont comptabilisés en emplois de services et l’on se plaint chaque année que les effectifs industriels baissent. N’y a t-il pas là une aberration au système ?

Vous avez entièrement raison, cela fausse considérablement les calculs. Si je prends le mois de mars 2011, 65,3% des intérimaires que nous avons mis à disposition l’ont été en Bourgogne dans une entreprise industrielle. Et la proportion est encore plus forte en Franche-Comté.

Intérim rime souvent avec insécurité, absence de garanties sociales, emploi qui empêche une vie normale. Votre profession fait-elle des efforts pour gommer ce côté pénalisant ?

Avant de vous répondre, laissez-moi vous révéler quelques éléments de notre dernière enquête annuelle. 20% des personnes choisissent de travailler en intérim pour être plus libres. 50 à 60% assurent qu’elles préféreraient en sortir, mais pas pour trouver n’importe quoi. Enfin, 20 à 30% subissent vraiment cette situation. Mais ne nous voilons pas la face, l’intérim est et restera une variable d’ajustement pour tous les entrepreneurs qui adaptent leurs effectifs en fonction de leurs carnets de commandes. Il offre toutefois une certaine souplesse et conduit si la conjoncture économique demeure bien orientée à de nombreuses intégrations de personnels intérimaires.

Maintenant, oui, notre profession a fait des efforts considérables pour pallier l’insécurité de ce type de contrat de travail. Il existe un fonds social du travail temporaire qui aide à avoir accès au logement, au transport et joue le rôle de caution auprès des organismes financiers. Nous soutenons également la formation par alternance, avec notamment le contrat d’insertion pour les intérimaires.

Pourquoi militez-vous pour la suppression du tiers temps ?

Nous demandons de traduire en droit français une directive européenne. Car le tiers temps représente un frein à l’emploi. Je donne un exemple. Si je mets six mois une personne à disposition sur un poste donné, la loi prévoit qu’il faut ensuite, pour ce même poste, attendre deux mois, soit un tiers du temps travaillé, avant de recourir à l’intérim. L’entreprise qui enregistre alors une forte commande, mais n’a aucune visibilité pour intégrer ce travailleur intérimaire, ne le fera pas. Au final, tout le monde est perdant.

(*) La Bourgogne accueille au total 178 agences d’emploi et la Franche-Comté 133.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Emploi - Formation
Avis d'expert

Mots-clés : Franche-Comté, Bourgogne, Emploi - Formation, conjoncture, intérim, Patrick Tuphé

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