«Intelligence économique : du chemin reste à parcourir»

Publié par Didier Hugue, le 02 février 2012

AVIS D’EXPERT. Olivier Buquen, délégué interministériel à l’intelligence économique, explique devant un parterre de chefs d’entreprise, aujourd’hui 2 février à Dijon, les différents dispositifs mis en œuvre afin de maîtriser et protéger l’information stratégique dans leur secteur d’activité.

Pour tous ceux qui ne peuvent assister à cette rencontre, cet ancien directeur au sein de grands groupes industriels a accepté de répondre à nos questions pour préciser toute l’importance que revêt l’intelligence économique, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, en matière de veille, de soutien à la compétitivité et de sécurité.

Que recouvre précisément l’intelligence économique ?

Elle intègre trois grandes notions, nées en France au milieu des années 90. La première a trait à la veille stratégique, c’est-à-dire la collecte d’informations clés pour une entreprise ou un laboratoire de recherche. L’Internet permet aujourd’hui d’en savoir beaucoup sur son marché, ses concurrents et les produits existants. Encore faut-il savoir structurer cette quête de données et procéder ensuite à des analyses très fines. Cela prend un peu de temps, mais le gain est inappréciable. L’intelligence économique concerne aussi l’influence, à savoir la capacité à orienter positivement les décisions d’institutions économiques internationales.

C’est en effet de plus en plus au sein d’organismes internationaux que se décident, par exemple, les normes applicables à tel ou tel secteur d’activité. Alors, il ne faut pas hésiter à faire entendre sa voix par l’intermédiaire de ses représentants professionnels, car une fois la décision prise, il est très difficile de revenir en arrière. Enfin, nous pouvons évoquer, dans un monde de plus en plus concurrentiel, la protection de son savoir-faire technologique ou scientifique pour préserver ses innovations, voire le petit plus qui fait la différence. Au final, l’intelligence économique permet de générer de la compétitivité, donc de la croissance et des emplois.

Les entreprises françaises et notamment les PME sont-elles bien armées dans ce domaine ?

Si certains progrès ont déjà été réalisés, du chemin reste à faire. Voilà pourquoi depuis septembre 2009, la politique publique d’intelligence économique est élaborée par la Délégation interministérielle à l’intelligence économique (D2IE) que je dirige. Elle réunit 15 personnes qui épaulent l’ensemble des acteurs économiques. Nous avons ainsi touché pas moins de 80 000 personnes. Ma venue aujourd’hui à Dijon correspond à la 19ième visite en région. J’ai déjà ainsi eu l’occasion de m’exprimer à Mulhouse (Haut-Rhin) et Besançon (Doubs). Au-delà de nos missions, nous voulons susciter une véritable prise de conscience. Je n’oublierai pas non plus la formation. À partir de 2013, tous les étudiants de 1er cycle se verront dispenser une sensibilisation. Elle est actuellement en test dans une vingtaine d’établissements. Et puis, un module plus spécifique permettra très bientôt de former des conférenciers et intervenants en entreprises.

Quels conseils et bonnes pratiques pourriez-vous donner en matière de sécurité ?

Avant de dépenser le moindre argent pour se protéger, il suffit très souvent de modifier certains comportements. Au restaurant, si l’on aborde un sujet sensible, mieux vaut parler discrètement, de même que dans un autre lieu public. En cas de visite d’une entreprise, il convient de baliser un cheminement et d’encadrer ses hôtes. Lorsque l’on accueille un stagiaire, il doit avoir un accès limité à certaines informations et tous ses écrits ainsi que son rapport de stage imposent d’être relus. En voyage, il faut éviter d’emporter tous les fichiers de l’entreprise sur son ordinateur, de même que le laisser allumé sans surveillance. Je pourrai continuer à l’infini ce qui relève, au final, tout simplement du bon sens.

Une intelligence très économique

Olivier Buquen est, depuis le 1er octobre 2009, le délégué interministériel à l’intelligence économique. Agé de 46 ans, ce diplômé de l’Essec, de Sciences Po Paris et de Harvard, a débuté sa carrière professionnelle en 1988, en tant que responsable de la communication du groupe Bolloré. En 1990, il rejoint la direction financière du Groupe Paribas puis intègre le secrétariat général du groupe en 1996. Olivier Buquen devient en 1999 directeur de l’exploitation de BNP Paribas Lease Group Italie à Milan.

De retour en France à partir de 2002 et jusqu’en 2009, il est successivement directeur du développement de Plastic Omnium Environnement, directeur général de la Compagnie Signature puis directeur du développement du Groupe Plastic Omnium.

Passionné par l’action publique et très attaché à ses racines bretonnes, il a exercé, parallèlement à sa carrière professionnelle, plusieurs mandats électifs entre 1983 et 2001. Conseiller municipal de Carnac à 18 ans, il est, de 1989 à 1998, adjoint au maire puis maire de cette ville. Il a également siégé au conseil régional de Bretagne de 1998 à 2000.

Crédit photo: MINEFI-P.Ricard



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Olivier Buquen, intelligence économique, influence économique, protection des savoir-faire, veille stratégique, délégation interministérielle à l'intelligence économique, D2IE

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