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«Il faut renforcer le nucléaire en France»

Publié par Didier Hugue, le 23 novembre 2011

POINT DE VUE. Ne comptez pas sur Gérard Kottmann pour verser dans la pensée unique, parler la langue de bois ou encore se cacher derrière son petit doigt.

Le président du Pôle Nucléaire Bourgogne (PNB), par ailleurs directeur général de Valinox Nucléaire, filiale du groupe Vallourec et fabricant de tubes nucléaires implanté à Montbard (Côte-d’Or), dit les choses simplement mais avec fermeté.

Âgé de 60 ans, cet ingénieur centralien défend bec et ongles une filière nucléaire française. Mieux il souhaite la voir se développer, en tenant compte d’une parfaite maîtrise des risques, pour répondre aux besoins énergétiques de l’humanité.

Hasard de l’actualité, ses propos tenus lors de la 15ème journée des adhérents du Pôle Nucléaire Bourgogne, hier 22 novembre au Creusot (Saône-et-Loire) coïncident avec un démenti formel d’Areva, l’un des principaux fabricants mondiaux de centrales nucléaires sur un éventuel plan de licenciements en France.

Cliquez sur la photo pour l'agrandir.

«J’aimerais que l’on cesse de raconter n’importe quoi et surtout que l’on arrête définitivement de comparer ce qui pourrait se passer en France avec ce qui est advenu au Japon, sur la centrale de Fukushima. Il s’agit, au-delà du drame humain durement vécu, avant tout d’un accident culturel et je m’explique.

Tokyo Electric Power Company (TEPCO), l’énergéticien nippon et exploitant de cette centrale, a déjà perdu six heures à refuser toute aide extérieure. Nous aurions pu hélitreuiller des générateurs  de secours pour redonner de l'électricité et, d’autres pays, des robots. Simplement, cette compagnie est connue pour son opacité et son hermétisme ataviques, au point que les autorités politiques locales suivaient à la télévision l’évolution des événements.

Un incident très grave est survenu sur une de leurs centrales le 16 juillet 2007, les responsables de TEPCO n’en n’ont tiré aucun retour d’expérience. Pire, certains d’entre eux ont été régulièrement limogés pour avoir falsifié par le passé des rapports d’inspection interne. J’ajoute que les réacteurs utilisés sur place sont à eau bouillante, technologie différente de la française, et que le Japon ne possède aucune autorité de sûreté nucléaire».

«Nous possédons nous une autorité de sûreté nucléaire : l’ASN. Elle peut venir inspecter à tout moment, de jour comme de nuit, les centrales EDF, décider de travaux à effectuer, voire fermer un site si elle le juge nécessaire. Alors par pitié, vous les journalistes, faites votre travail en tenant compte de tous ces éléments et évitez ce lynchage médiatique actuel qui décrédibilise une filière nationale efficace avec à sa tête EDF, l’énergéticien que le monde entier nous envie pour son sérieux et la qualité de son service».

«Cette filière nucléaire et, je n’évoquerai que la Bourgogne, fédère avec le Pôle Nucléaire Bourgogne (PNB), 150 adhérents, dont 47 gros donneurs d’ordres, 70 PME et une trentaine d’instituts de formation et de centres de recherche, ce qui représente près de 11 000 emplois. Par ailleurs, comme le précisait récemment dans vos colonnes Marc Benner, délégué régional d’EDF en Bourgogne, à fin 2010, nous totalisions 32 projets de recherche pour un montant de 27 millions d’€, représentant un potentiel de 4 000 créations d’emplois et 40 autres programmes d’étude sont actuellement dans les tuyaux».

«Si comme l’Allemagne, nous arrêtions notre programme nucléaire civil, posez la question de savoir si nos concitoyens seraient prêts à payer leur électricité 1,8 fois plus cher et les entreprises 30%. Ce pays prévoit, pour continuer de faire fonctionner son économie, de construire des centrales au charbon et à gaz qui rejettent du CO2, alors que le nucléaire pas du tout».

«J’en viens aux énergies renouvelables qu’il faut bien sûr développer sur le long terme, mais qui aujourd’hui seules ne peuvent relever le défi énergétique de la planète. C’est pourquoi, il faut renforcer le nucléaire en France, afin d’exporter sa technologie et permettre à 6 milliards d’individus d’accéder à une vie meilleure grâce à l’électricité.

À la génération trois des centrales de type EPR, il convient d’amplifier très vite les recherches pour mettre au point un surgénérateur, baptisé Astrid. Grâce à cet outil, les réserves d’uranium connues pour environ 70 ans pourront être utilisées 3 500 ans. De quoi laisser le temps de se retourner à ceux qui nous succèderont».

Les journalistes de Traces Écrites News publieront volontiers un avis contraire d’un opposant au nucléaire. Nous lui demandons toutefois de répondre point par point aux propos tenus par Gérard Kottmann et sans verser dans la polémique.

Crédit photo: PNB



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : nucléaire, EDF, Marc Benner, PNB, Pôle Nucléaire Bourgogne, Gérard Kottmann

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3 réponse(s) à "«Il faut renforcer le nucléaire en France»"

  1. bacher, pierredit :

    Les réacteurs à thorium présentent deux intérêts : des ressources abondantes en thorium (notamment en Inde qui s'est intéressée à cette voie), la possibilité de produire plus d'uranium 233 qu'ils n'en consomment, tout en utilisant des neutrons thermiques (donc sans recours à la technologie des neutrons rapides) Sur le plan de la sûreté, il n'y a pas de différence significative avec les réacteurs à uranium/plutonium : les conditions de contrôle de la réaction en chaine sont équivalentes, les puissances résiduelles après arrêt de la réaction en chaine sont identiques, et donc les conditions d'extraction de cette puissance résiduelle sont identiques, l'essentiel de la radioactivité étant due aux produits de fission, les conditions de confinement de la radioactivité sont identiques En ce qui concerne le cycle de combustibles (jusqu'aux déchets), le thorium présente des avantages et des inconvénients : inconvénient important : le thorium n'étant pas fissile, il faut amorcer le cycle avec du plutonium ou de l'uranium très enrichi en isotope 235; le plutonium ne peut provenir que de réacteurs à uranium, ce qui implique de disposer de deux usines de retraitement, une pour le cycle uranium/plutonium et une pour le cycle thorium/uranium 233 (la voie uranium très enrichi en uranium 235 est exclue car elle entraîne des risques de prolifération), autre inconvénient : le combustible thorium/uranium 233 irradié contient de l'uranium 232, émetteur d'un rayonnement gamma dur très gênant dans l'usine de fabrication de combustible (nécessité de protections lourdes). Comme indiqué au début, avantage d'un cycle fermé thotium/uranium 233 une fois le système amorcé et avantage de l'absence d'actinides mineurs qui, de par la chaleur qu'ils dégagent, dimensionnent le stockage profond (mais cet avantage est tempéré par la nécessité d'amorcer le cycle avec du plutonium). Enfin, égalité : à très long terme (million d'années) la radioactivité résiduelle est du même ordre de grandeur (et faible) qu'avec le cycle uranium/thorium. En résumé, la voie thorium ne s'est jamais imposée, d'une part parce qu'elle ne présente pas d'avantage décisif par rapport à le filirère uranium/plutonium, d'autre part parce qu'elle ne peut pas se développer seule.

  2. Grégory Charlierdit :

    Que pensez vous des générateurs au thorium, réputés plus performants et plus sûrs dont le magazine Science et Vie fait ce mois ci une belle "publicité" ?

  3. Philippe PENILLARDdit :

    Je suppose de plus que les probabilités d'accident naturel (tremblement de terre et encore moins tsunami) sont de plusieurs ordres de grandeur inférieur en France qu'au Japon. Il reste en revanche le terrorisme, dont le type "Twin tower". Bon courage dans ce monde industriel bien incertain.

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