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« S’adapter à la mutation du travail frontalier »

Publié par Christian Robischon, le 17 février 2012

AVIS D'EXPERT. Depuis son poste de directeur de la Maison de l’emploi et de la formation des Pays de Saint-Louis/Trois Frontières et du Sundgau, dans le Haut-Rhin, Stéphane Cheref est particulièrement bien placé pour observer la nouvelle donne du travail frontalier vers la Suisse.

Et pour agir contre les éléments qui jouent en défaveur des Français.

Deux facteurs essentiels se combinent : la langue et la qualification.

Cliquer sur les photos pour les agrandir.

Confirmez-vous la baisse relative des travailleurs frontaliers français dans la région de Bâle par rapport aux Allemands et, comment l’expliquez-vous ?

Les statistiques que nous sommes allés chercher une à une par contact direct avec les services bâlois de l’emploi pour produire une vision sur-mesure aboutissent à l’automne 2011 à un total de 34 460 frontaliers venant d’Allemagne, contre 29 650 venant de France.

22 000 habitent dans les Pays qui forment le territoire de notre Maison de l’emploi, dont le taux de chômage a doublé en moins de dix ans pour frôler 7 %, alors qu’il se limite (fin 2011) à 3,4 % à Lörrach, la ville allemande voisine, et entre 2,7 et 3,3 %, dans les cantons de Bâle et alentours.

Le basculement en faveur des Allemands s’est opéré en 2007 et l’écart n’a cessé de se creuser depuis. Deux facteurs essentiels se combinent : la langue et la qualification. L’un et l’autre sont en partie liés. L’économie bâloise s’est tertiarisée. Son industrie s’est adaptée à la mondialisation comme les autres : elle a externalisé ou délocalisé les activités faiblement qualifiées pour se recentrer sur celles de forte valeur ajoutée qui requièrent à la fois une élévation du niveau de qualification et l’excellente maîtrise de l’allemand, le Hochdeutsch. L’allemand est désormais un prérequis. Or, on sait que sa pratique diminue en Alsace. Il ne suffit plus de se débrouiller en alsacien qui est proche du dialecte suisse alémanique.

Par ailleurs, les frontaliers français ont traditionnellement bénéficié d’une manne d’emplois faiblement qualifiés, en Suisse comme en Allemagne. En conséquence de quoi, ils ont souvent négligé la question de leur formation. D’où aujourd’hui une inadéquation avec les offres d’emploi.

Quels sont postes particulièrement demandés ?

Ils sont nombreux et variés ! De façon générale, la Suisse recherche des ouvriers qualifiés dans l’industrie et le bâtiment (des électriciens par exemple). Ensuite, elle offre des postes d’ingénieurs, techniciens, bureaux d’études, laborantins : ici, le double obstacle de la qualification et de la langue se ressent pour les frontaliers. Pour les emplois de vendeurs, cela fonctionne bien. Le critère de la langue complique la recherche d’emplois dans le secteur santé-hôpitaux et dans l’hôtellerie-restauration.

Les frontaliers ont-ils également besoin de changer leur méthode de recherche d’emploi ?

Oui. C’est l’un des points qui m’a frappé à mon arrivée en 2007 : l’impression que les gens recherchaient du travail comme par le passé. Le CV à la française ne correspond pas aux habitudes des employeurs suisses. Plus que l’énumération de diplômes, ceux-ci vont prêter attention aux attestations de formation et d’employeurs. Ils vont demander des tas de photocopies qui "tracent" le parcours du candidat.

Par ailleurs, la recherche reste focalisée sur la région de Bâle. L’Allemagne voisine a perdu de son caractère attractif sur le plan financier avec l’avènement de l’euro, or elle regorge d’offres. Et en Suisse même, le canton du Jura connaît un regain de dynamisme notable.

Qu’a entrepris la Maison de l’emploi pour améliorer l’employabilité des candidats ?

Rappelons tout d’abord que notre mission sert aussi les entreprises locales qui ont des besoins : nous ne sommes pas là pour placer tout le monde en Suisse ! En 2009, nous avons créé un centre de ressources transfrontalier : cette cyber-base emploi permet l’accès gratuit aux offres en Suisse et en Allemagne et elle donne des informations détaillées sur les techniques de recherche d’emploi dans ces deux pays : CV, lettre de motivation, dossier de candidature…

Pour l’allemand, nous faisons depuis 2009 avec le Greta de Haute-Alsace, une formation intensive (180 heures sur six semaines) pour les débutants : si les formations de perfectionnement sont légion, celle-là manque… et le besoin, lui, ne manque pas. Elle est adaptée à l’environnement professionnel et apporte le tremplin vers des formations de perfectionnement. Nous espérons pouvoir la poursuivre en 2012.

Nous organisons chaque année un Forum de l’emploi pour les employeurs des trois pays. Le prochain se déroulera les 30 et 31 mars à Saint-Louis. Dans l’intervalle, se tiennent trois à quatre Job dating transfrontaliers par an. Les candidats y rencontrent pour l’essentiel des cabinets de placement, autre particularité suisse : les employeurs délèguent en grande partie le recrutement à ces structures et se reposent sur leur choix.

Pour quels résultats ?

Les huit sessions d’allemand intensif en 2009 et 2010 ont été suivies par 97 stagiaires, dont 63 avaient trouvé un emploi début 2011 et 7 étaient en formation. J’attends les bilans des cinq  sessions de 2011. Le dernier Job dating de novembre a mis en rapport 200 demandeurs d’emploi avec 250 offres de 10 entreprises suisses.

Nous savons que dix personnes ont été recrutées dans les jours suivants, pour les autres la trace se dilue dans le flot des candidatures de sources diverses. Il faudrait interroger les entreprises une et à une et je ne suis pas certain qu’elles sauraient identifier l’origine de la candidature.

Contact : Maison de l’emploi de la formation du Pays de Saint-Louis/Trois Frontières et du Pays du Sundgau, tél.: 03 89 89 00 00 ou 03 89 89 00 10.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Alsace, Mulhouse, Emploi - Formation, Haut-Rhin, Suisse, Bâle, Allemagne, Maison de l’emploi et de la formation, travailleurs frontaliers

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