Traces Ecrites News, le club
  • CCI Grand Est
  • Mulot et Petitjean
  • STI Genlis
  • Anthalys

"La Bourgogne manque de visibilité pour les investisseurs"

Publié par Didier Hugue, le 26 mai 2014
Philippe Crevoisier. Crédit : Atelier Francis Nicolas Démoulin Photographes.
Philippe Crevoisier. Crédit : Atelier Francis Nicolas Démoulin Photographes.

POINT DE VUE. A la veille de l'assemblée générale annuelle de l’agence Bourgogne Développement, demain 27 mai, Philippe Crevoisier, son président, livre un regard lucide autant que réaliste sur la politique économique régionale.

A ses yeux, la Bourgogne doit mettre plus en valeur ses choix et concentrer ses efforts sur ses principaux atouts industriels.

Le directeur général de l’activité culinaire électrique du groupe SEB s’est d’ailleurs impliqué dans tout un travail de réflexion qui privilégie une politique d’investissement dans cinq domaines stratégiques, dont l'agroalimentaire qui bénéficie d'un pôle de recherche parmi les plus dynamiques de France.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Quel constat faites-vous sur la situation économique de la Bourgogne ?

Rien n’est facile en ce moment pour les entreprises qui subissent une frilosité générale liée à un manque, voire une perte, de confiance dans l’avenir. Ceci a pour principale conséquence de pénaliser fortement l’emploi, surtout des jeunes et c’est dramatique car ils quittent la région. Je constate toutefois, signe positif, une légère reprise des investissements. Mais sera-t elle suffisante pour attirer de nouveaux acteurs, les difficultés à lever restant nombreuses?

Que préconisez-vous pour rendre la région attractive ?

D’afficher clairement ses priorités et de s’y tenir. La Bourgogne manque de visibilité, en termes de structures, d’offres de service, d’accueil, de financement, d’appui à l’innovation. Il faut rationaliser le développement économique en s’appuyant sur la réalité du terrain. Et comme le sursaut viendra de l’industrie, posons-nous la question de savoir où nous sommes forts.

Deux grands secteurs se détachent : la métallurgie et l’agroalimentaire. Quelques autres émergent aussi. Donnons leur un environnement plus favorable et vous verrez qu’ils génèreront une multitude d’activités dédiées - des services comme de la sous-traitance… -, et favoriseront à leur tour des sous-secteurs.

Récemment, des efforts de réflexion ont été conduits à l’initiative du conseil régional avec les industriels notamment. Cet exercice a permis d’identifier des points d'attractivité dans les domaines de l'environnement, des aliments et de l'alimentation, de la métallurgie, dont les matériaux et procédés avancés pour des applications sécurisées, de l'écoconception et écoconstruction, de la mobilité durable et enfin, les solutions biomédicales pour la personne.

Il faut maintenant faire connaître très largement ces choix à l'intérieur comme à l'extérieur, mobiliser des ressources financières, notamment européennes, et vous verrez qu’ils identifieront mieux la Bourgogne économique, susciteront du développement et attireront des porteurs de projet.

Pensez-vous un seul instant que tous les hommes politiques adhèreront à une telle stratégie ?

Je n’ai ni à me substituer à eux ni à leur dicter leur conduite, mais je voyage dans le monde entier et ai vécu dans de nombreux pays. Je vois ce qui marche ailleurs, en Italie, au Japon, en Allemagne. Nous sommes, et c’est un mal français, trop égalitaristes, ce qui entraîne le saupoudrage et de l’inefficacité.

Si nous fléchons bien nos forces grâce à cette "spécialisation intelligente" mise en place, nous donnerons une grille de lecture cohérente aux investisseurs. Ils ont besoin de s’identifier à un territoire pour s’y installer.

Le regroupement des régions va-t-il dans votre sens ?

C’est une opportunité à saisir à condition de bien mutualiser les ressources pour lever des handicaps importants. Si je prends comme exemple la fracture numérique, il est vraiment temps d’agir vite et d’amener le très haut débit partout. Il en est de même pour la formation. Il faut raisonner par secteur pour répondre aux besoins des entreprises et non par grandes spécialités technologiques. Nous formons trop de généralistes, pas assez de spécialistes.

Montage d'un des modèles Actifry sur le site SEB d'Is-sur-Tille (Côte-d'Or).
Montage d'un des modèles Actifry sur le site SEB d'Is-sur-Tille (Côte-d'Or).

Venons en à votre métier. Comment se porte l’activité culinaire électrique que vous dirigez ?

Plutôt bien. Elle représente aujourd’hui un tiers des ventes du groupe SEB (4,16 milliards d’€ de chiffre d’affaires). Des articles comme Actifry (cuiseur) et Compagnon (robot chauffant) sont en nette croissance. Ils répondent à un triple besoin du consommateur : la simplicité d’utilisation, la polyvalence et l’adaptation aux modes alimentaires.

Toute notre recherche va dans ce sens et nous avons pas moins de 50 programmes en cours de développement.

Qui est Philippe Crevoisier ?

A 56 ans, cet ingénieur et diplômé de l’Institut d'Administration des Entreprises (IAE) affiche un beau pedigree. Après six ans passés dans l’électronique chez Thomson CSF, il entre en 1988 dans le monde du petit électroménager, tout d’abord chez Esselte Meto, puis successivement chez Moulinex, Ariete (Italie) et Kenwood (Grande-Bretagne).

Après cette riche expérience internationale, il rejoint fin 2005 le numéro un mondial du secteur et prend ses quartiers à Selongey (Côte-d’Or), le berceau du groupe SEB, en tant que directeur général de l’activité culinaire électrique. De là, il mène une constante stratégie d’innovation pour répondre aux attentes des consommateurs du monde entier.

Mais pas seulement, car Philippe Crevoisier a aussi voulu s’impliquer dans le développement économique de sa région d’adoption. Acteur essentiel du pôle de compétitivité Vitagora (goût, nutrition et santé), il a aujourd’hui une action élargie depuis son élection, en juin 2013, à la présidence de l’agence Bourgogne Développement.

Des moyens de production de plus en plus performants.
Des moyens de production de plus en plus performants.

Is-sur-Tille : un site très stratégique pour SEB

Dans cette commune de Côte-d’Or, parmi les plus connus des cruciverbistes, se développent de très nombreux produits du groupe SEB.

En relation avec le centre mondial de R&D des appareils culinaires électriques, basé à Selongey (Côte-d’Or), là où est née la SEB, l’unité d’Is-sur-Tille emploie 80 personnes à leur mise au point finale et à leur qualité, sur un effectif total de 260 salariés (*).

« Nous travaillons sur des multicuiseurs comme l’Actifry, des fours, des robots chauffants, mais également des machines à bière, des cafetières classiques, des bouilloires ou encore des grille-pain », explique Christian Poulin, le directeur du site.

Côté fabrication, l’Actifry et ses futurs huit modèles livrés dans 100 pays se porte très bien. Pas moins d’1,2 million d’unités sortiront cette année des ateliers. Deux nouvelles versions verront le jour en juin prochain.

L’une diminuera les temps de cuisson des aliments et l’autre sera destinée aux citoyens asiatiques, avec une meilleure adaptation à leurs modes alimentaires. Is-sur-Tille produit également 30 000 fours par an de grande capacité à la marque Rowenta.

Pour faire face à ce bon niveau de production, investissements et recrutements vont bon train. Une dizaine d’embauches sont prévues et 4 millions d’€ renforceront l’outil industriel (outillages), la sécurité, les normes de qualité, la productivité et le réagencement des bâtiments.

(*) Auquel s’ajoutent quarantaine d’intérimaires en moyenne.

 

Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises
Avis d'expert

Mots-clés : Bourgogne, industrie, agroalimentaire, Métallurgie, Seb, Bourgogne Développement, petit électroménager, Philippe Crevoisier, culinaire électrique, politique économique

Découvrez également les articles associés :

Le fabricant de forets Diager investit plus de 8 millions dans le Jura et embauche Le fabricant de forets Diager investit plus de 8 millions dans le Jura et embauche
Ils innovent : Alsafix remplace le ciment par une mousse en polyuréthane et Redberry traque les bactéries à grande vitesseIls innovent : Alsafix remplace le ciment par une mousse en polyuréthane et Redberry traque les bactéries à grande vitesse
A Nancy, la nouvelle génération désormais aux commandes d’Ateliers Cini profite d’une situation assainieA Nancy, la nouvelle génération désormais aux commandes d’Ateliers Cini profite d’une situation assainie
A 170 ans, Cheval Frères reste l’atout maître du groupe microtechnique IMI A 170 ans, Cheval Frères reste l’atout maître du groupe microtechnique IMI

1 réponse(s) à ""La Bourgogne manque de visibilité pour les investisseurs""

  1. Christiane Perruchotdit :

    Ci-dessous, la réaction d'un lecteur parvenue à la rédaction : « Il est clair que la Bourgogne n’est pas attractive, et qu’une démarche d’identification de la Bourgogne économique et touristique est essentielle. Elle possède une notoriété mondiale (vin et gastronomie), mais aucune image cohérente et dynamique. Depuis 5 ans, nous nous battons pour un marketing territorial organisé, porté par les élus, les chefs d’entreprises, les journalistes. Nous avons créé une marque, nous proposons un contenu d’image fédérateur et porteur de dynamisme, d’innovation… qui ne demande qu’à être un outil de visibilité, de cohérence et d’image de la Bourgogne pour soutenir son attractivité et les actions entreprises dans ce sens. Car la communication ne fait rien si les volontés, les initiatives, les engagements ne tissent pas un substrat très puissant au service du développement d’un territoire. Clairement le monde politique est frileux à porter le dossier qui est pourtant majeur pour l’avenir de la Bourgogne. Sans doute, les enjeux dépassent les échéances électorales !!! Nous avons maintenant la conviction que le Conseil régional ne bougera que si le train a démarré. En revanche, le monde économique peut avoir l’énergie pour lancer la démarche.» Olivier Pernet

Commentez !


Combien font "3 plus 3" ?

Envoyer votre commentaire