Besançon justifie le choix de son tramway espagnol

Publié par Christiane Perruchot, le 29 septembre 2011

TRANSPORTS EN COMMUN. La communauté d’agglomération du Grand Besançon (Doubs) vient de passer une commande de 19 rames de tramway au constructeur espagnol Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF).

La fabrication démarrera d'ici un an dans l’usine de Bagnères-de-Bigorre ( Hautes-Pyrénées) où il achève un investissement de 3,5 millions d’€ pour en faire un tremplin vers le marché français où il compte durablement s’implanter.

«Besançon est notre 1er succès en France dans le tramway», se réjouit Andres Arizkorreta, administrateur délégué du groupe. Et il ne devrait pas être le dernier...

Mis en concurrence avec les français Alstom et Lohr, l'espagnol CAF a remporté ce contrat de 35 millions d’euros (hors taxes), simultanément avec l’extension du réseau de Nantes. «Besançon est un petit contrat, mais il est capital pour nous», poursuit le dirigeant.

De ces deux succès hexagonaux, le constructeur veut faire éclore une nouvelle offre qui l’aidera à s’installer sur un terrain fortement occupé par Alstom. Plus courte avec ses 23,6 m de longueur (contre 32 ou 42 m  habituellement), cette nouvelle génération de rame offre une capacité moindre - guère plus d’une centaine de passagers -, correspondant aux besoins des villes de 100 000 à 200 000 habitants.

La demande de ce dimensionnement atypique émanait du Grand Besançon, préoccupé à faire la démonstration que le tramway n'est pas l'apanage des seules grandes villes et à rester dans une enveloppe contrainte de 228 millions d’euros pour un itinéraire de 14 km.

La solution technique a consisté à rallonger de 2 m la caisse de base pour constituer la carcasse d’une rame. «Nous évitons ainsi des investissements importants, adaptant simplement les lignes existantes», précise Laurent Cazeau, directeur commercial France. En outre, ce type de matériel est facilement extensible à 230 places, au cas où la fréquentation augmente fortement.

«C’est la solution optimale, sans comparaison avec un bus à haut niveau de service (BHNS) de même capacité et qui aurait engendré presque autant de travaux de voirie et, de surcroît, satisfait le budget de la collectivité», commente Jean-Louis Fousseret, président du Grand Besançon.

Le maître d’ouvrage qui réfute le fait d’avoir avant tout choisi un prix, CAF ayant fait une offre meilleur marché, avance des atouts techniques. Surmotorisées du fait de la présence de deux boggies (chariots sur lesquels sont fixés les essieux sur un châssis moins long, les rames passeront sans effort les déclivités de 7% des accès au centre-ville, situé dans une boucle du Doubs.

«Cette offre nous distingue fortement sur une zone géographique qui reste à conquérir», renchérit le constructeur espagnol.

Ce nouveau modèle de tramway est l’occasion rêvée pour le constructeur de relancer CFD (Chemins de fer départementaux) à Bagnères-de-Bigorre (110 salariés), usine héritée du rachat des établissements Soulé en fin d'année dernière et en proie à quelques difficultés conjoncturelles.

«Il nous fallait un pied à terre en France, passage nécessaire pour s’implanter sur le marché national», reconnaît Antonio Campos, le directeur international de CAF. Moyennant un investissement de 3,5 millions d'euros, achevé en mars 2012, un atelier d’essai des matériels lui donnera une certaine autonomie par rapport à sa maison-mère (1,5 milliard de chiffre d’affaires, 7215 salariés), située de l’autre côté de la frontière.

Une solution politiquement correcte

C’est en effet principalement dans le berceau historique et siège social du constructeur, à Beasain (2100 salariés), dans le pays basque espagnol, que tous les composants du tramway, en particulier les boggies et les caisses, seront fabriqués, à l’exception des moteurs. L’Espagnol les achète à des motoristes, parmi lesquels le leader ferroviaire national Alstom.

Tandis qu’il s’est vu reprocher d’avoir choisi un constructeur étranger alors que la capitale comtoise a sur ses terres deux usines Alstom, à Ornans (Doubs) et Belfort (Territoire-de-Belfort), la fourniture de moteurs Alstom serait une aubaine pour le maître d’ouvrage et une solution… politiquement correcte. Rien n’est joué pour autant. Selon CAF et son client, Alstom ferait silence radio. La commande représente tout de même 152 moteurs, soit 8 par rame.

La livraison des premières rames débutera en juin 2013. D’ici là, les Bisontins en verront une maquette grandeur nature à la maison du tram, récemment ouverte rue de la République. Réalisée en bois, elle est décorée en bleu turquoise pour l’habillage extérieur et aménagée avec des sièges aux couleurs, turquoise et fuschia initialement proposées par les designers d’Avant Première.

Dévoilée les 24 et 25 septembre, au salon de la miniature ferroviaire de Besançon, la maquette sera sur le stand de CAF au GART, le salon des transports publics qui se déroule du 12 au 14 octobre prochains à Strasbourg (Bas-Rhin).

CAF est détenu à 29,6% par les salariés, 20% par la caisse d’épargne locale, le reste du capital est en bourse .

Son chiffre d’affaires a cru de 24% en 10 ans.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises
Territoires

Mots-clés : Besançon, Franche-Comté, Doubs, Alstom, tramway, ferroviaire, CAF, transport en commun

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