Avec Bugis, le tricotage ne file plus un mauvais coton dans l'Aube

Publié par Frédéric Marais, le 04 janvier 2017

BONNETERIE/AUBE. C’est l’un des derniers tricoteurs aubois et même français. Reprise en 2015, Bugis vient de fêter son 60e anniversaire avec des ambitions raisonnables : renforcer ses positions dans le textile technique et sur les marchés étrangers.

Le nouveau patron, Bruno Nahan, a déjà racheté plusieurs machines et créé deux postes supplémentaires.

 

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La PME auboise possède une petite centaine de métiers à tisser, dont certains sont très anciens. © Frédéric Marais / Agence Info

 

Qui a dit que le textile n’avait aucun avenir en France ? Certainement pas Bruno Nahan qui, bien qu’issu d’univers industriels très différents, a complètement changé de cap en prenant les rênes de cette bonneterie implantée à La Rivière-de-Corps, près de Troyes (Aube).

 

« C’est un projet de vie, raconte cet entrepreneur de 51 ans. J’ai quitté Paris pour m’installer à Troyes. Racheter Bugis a été un investissement personnel et financier important. »

 

Un investissement qu’il n’a pas réalisé seul, puisqu’il est accompagné, à hauteur de 20 %, par une autre bonneterie troyenne, L’Atelier d’Ariane. Sa gérante, Véronique Granata, est une amie de Bruno Nahan, et c’est elle qui l’a aiguillé sur Bugis, dont l’ancien dirigeant, Bruno Bugis, était sans successeur.

 

Ce qui a surpris et séduit le nouveau patron dans l’entreprise auboise ? « Le degré de technicité de la maille et du tricotage. Cette complexité est un atout car elle est source de différenciation. Bugis et sa région, c’est aussi une histoire, un passé industriel, une qualité de vie conjuguée à l’image du champagne. »

 

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Bruno Nahan est tellement fier de son entreprise que, pour en fêter le 60e anniversaire, il a demandé à un plasticien réputé de l’immortaliser à travers une œuvre photographique. Cette série de clichés artistiques réalisée par Bruno Fournier avec le concours d’un mannequin a été exposée en septembre 2016 à Paris et le sera à Troyes au printemps 2017.

 

Le mannequin semble vêtu d’une robe ou enveloppé dans une cape, alors même qu’il est drapé d’un simple morceau de tissu. Cela illustre bien la réalité, car Bugis ne confectionne pas de vêtements : il fabrique du tissu au mètre.

 

A raison d’un million et demi de mètres par an environ, même si dans la profession on préfère s’exprimer en poids. « Nous produisons 200 tonnes de tissus par mois, précise le dirigeant. Nous disposons pour ce faire d’un parc de 90 métiers à tricoter, dont certains sont des pièces uniques vieilles de 80 ans. » Chaque métier est spécialisé, et leur addition confère une grande polyvalence à l’entreprise.


Mais Bugis s’appuie bien sûr avant tout sur les compétences et le talent de ses bonnetiers, dont le travail « d’orfèvre » (sic) ne laisse pas d’émerveiller Bruno Nahan.

 

Le tissu est teint à Troyes

 

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Emmanuelle Marquet, la styliste maison, travaille avec les plus grands noms de la mode. © Frédéric Marais / Agence Info

 

La PME, qui emploie 44 personnes, travaille pour les plus grands noms de la mode, celle-ci constituant les trois quarts de son activité : Lacoste, Dior, Chanel, Balmain, Givenchy, Le Coq Sportif, Saint-James (et sa célèbre marinière), Sandro, Red Castle, IKKS, One Step, etc.

 

Bugis œuvre main dans la main avec ces prestigieuses maisons et dispose d’ailleurs de sa propre styliste maille pour traduire, avec l’assistance de deux techniciens R&D, les tendances de la mode sous forme de matières et de coloris. C’est elle qui dessine la bouclette et lui donne son aspect plus ou moins lâche ou plus ou moins bloquant.

 

Le bonnetier aubois tricote essentiellement des fibres naturelles, en tête desquelles vient le coton, suivi du lin et de la laine. « Nous tricotons aussi des fibres synthétiques (issues de la pétrochimie) et des fibres artificielles (issues par exemple du bois) », complète le président de Bugis.

 

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La maille jouit d’une plasticité particulière. « On en fait aussi bien des tee-shirts et des sous-vêtements que des jupes, des robes, des vestes ou des pantalons, jusqu’à 450 grammes. La maille est d’ailleurs de plus en plus utilisée pour le vêtement de dessus. » Le tissu est teint à Troyes, chez deux ennoblisseurs textile historiques, avant d’être expédié au client.

 

Riche de 350 références différentes, dont une soixantaine de nouvelles chaque année, Bugis se situe sur le moyen-haut de gamme. Il est sensible à la traçabilité du coton, à son innocuité pour l’environnement et pour ceux qui le récoltent.

 

De même l’entreprise auboise est-elle très attachée au made in France, en qui elle voit une véritable « valeur ajoutée » capable de la propulser sur les marchés étrangers.

 

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L’une des photos réalisées par le plasticien Bruno Fournier à l’occasion du 60e anniversaire de l’entreprise.

Les combinaisons des pompiers australiens

 

Bruno Nahan souhaite en effet doubler les exportations, pour atteindre 40 % du chiffre d’affaires (7,8 millions d’€). La PME lorgne en particulier sur le marché asiatique, japonais notamment, et a d’ailleurs participé pour la première fois en novembre 2016 au salon du textile européen à Tokyo.

 

Le repreneur de Bugis a un autre atout dans sa manche : les textiles techniques. Développé par son prédécesseur, ce créneau représente aujourd’hui un quart du chiffre d’affaires. Il ne demande qu’à croître au vu de l’extrême diversité des débouchés.

 

Célèbre pour avoir équipé l’ancien champion de Formule 1 Michael Schumacher en chaussures et combinaisons ignifugées, la PME auboise s’est également illustrée en tricotant une matière à base de kevlar pour tapisser les tuyères de la fusée Ariane.


Autres applications : les combinaisons des pompiers australiens et celles des pilotes d’hélicoptère ; des housses de protection pour des robots ou pour des… planches de surf ; les durites des moteurs Diesel ; de la maille tubulaire protégeant la connectique ; des poches de pantalon faisant barrage aux ondes émises par le téléphone portable… Sans oublier le secteur médical, avec de nombreux articles destinés aux salles blanches.

 

L’entreprise est prête à acheter des métiers spécifiques et à embaucher du personnel pour répondre à de nouvelles demandes. Quitte à former ses salariés en interne, puisque la bonneterie peine comme beaucoup à recruter de la main-d’œuvre qualifiée.

 

Aux yeux de Bruno Nahan, ces deux marchés - le textile-habillement d’un côté et les textiles techniques de l’autre - se complètent idéalement. « La mode est plus saisonnière, et il y a plus d’inertie dans le marché des textiles techniques. » En marchant sur ces deux jambes, et en voulant leur donner la même taille, Bugis avance d’un pas assuré.

 

Qui est Bruno Nahan ?

 

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Bugis est la seconde entreprise rachetée par Bruno Nahan. © Frédéric Marais / Agence Info

 

Parisien de naissance, Bruno Nahan a fait l’essentiel de sa carrière dans le secteur de l’équipement de la maison et de la restauration collective pour le compte de grands groupes.
Agé de 51 ans, il a aussi vécu l’expérience d’une première reprise, en rachetant, dans le cadre d’un LBO, la société Vauconsant, un fabricant de meubles pour la restauration collective installé à Dombasle-sur-Meurthe en Meurthe-et-Moselle. Il en a aussi été le président.
Bugis est donc sa seconde acquisition. « Ce n’est pas l’argent qui m’intéresse, affirme-t-il, mais la motivation que je ressens au quotidien à travailler dans cette belle entreprise. »



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : textile, Grand Est, Troyes, Aube, bonneterie, Bugis, tricoteur, Bruno Nahan, Vauconsant

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