Alsachim convole en justes noces avec le groupe japonais Shimadzu

Publié par Mathieu Noyer, le 21 mars 2018

BIOMÉDICAL/STRASBOURG. Rachetée en fin d'année dernière par Shimadzu, groupe japonais spécialiste de l'instrumentation, la pépite alsacienne du marquage moléculaire des médicaments conserve le management, la marque et l'autonomie de fonctionnement.

Alsachim va profiter de la force de frappe et des compétences complémentaires de son nouveau propriétaire pour poursuivre son développement.

 

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Alsachim est devenue l'une des rares sociétés dans le monde à développer et fabriquer des molécules marquées aux isotopes stables. 

 

Européen l'un, Asiatique l'autre, l'un axé sur les contenus, l'autre sur les outils : Alsachim et Shimadzu étaient faits pour se rencontrer. Après une première approche sans plus d'insistance que cela il y a quelques années, ils ont convolé en justes noces, en fin d'année dernière.


Le groupe Shimadzu, spécialiste de l'instrumentation notamment dans le médical, a pris le contrôle à 100% du capital d'Alsachim, pépite à Illkirch (Bas-Rhin) du marquage moléculaire des médicaments. Mais pas son identité !

 

« Nous conservons le management, la marque et l'autonomie de fonctionnement, en lien avec le centre d'innovation européen de Shimadzu à Duisbourg (Allemagne). Grâce à la force de frappe de celui-ci, nous pouvons développer les activités de marketing et de contrôle qualité, ce que nous avions dans notre viseur. Tout en continuant de nous concentrer sur ce que nous savons faire le mieux : la R&D et la production », commente Jean-François Hoeffler, le président et cofondateur d'Alsachim.


Avant même la reprise, fin 2016, la PME avait investi un peu plus d'1 million d'€ pour déménager et s'agrandir à 1.200 m2 dans le parc d'innovation d'Illkirch.

 

 
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Pour exprimer la complémentarité avec son nouveau propriétaire, Jean-François Hoeffler a cette phrase de synthèse : « Eux ont l'appareil, nous les consommables ». Créée en 2005, Alsachim est devenue l'une des rares sociétés dans le monde à développer et fabriquer des molécules marquées aux isotopes stables. En traduction vulgarisée, elle assure le volet chimique du dosage de médicaments dans le sang, les urines, etc.

 

« C'est un travail à une échelle réduite jusqu'au microgramme par litre », explique le dirigeant. 
Le réaliser implique de s'équiper d'instruments de mesure selon plusieurs techniques possibles, mais la spectrométrie de masse est la référence. Or il s'agit de la spécialité de Shimadzu.

 

Diagnostic simultané de plusieurs molécules

 

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Depuis les débuts, l'activité d'Alsachim est centrée sur les médicaments déjà commercialisés ou les candidats médicaments en essais cliniques. Elle s'élargit progressivement à d'autres applications : pesticides, résidus médicamenteux dans l'eau par exemple.

 

Son catalogue comprend 7.000 références de molécules. A l'industrie pharmaceutique et aux sociétés de recherche qui travaillent avec elle les CRO (Contract Research Organizations) s'ajoutent ainsi de nouveaux clients : laboratoires d'analyses, hôpitaux, industrie agro-alimentaire, cosmétologie, environnement.


Les hôpitaux universitaires accueillent en particulier avec intérêt les derniers développements d'Alsachim aboutissant à la production de kits de diagnostic. Ceux-ci « facilitent le suivi thérapeutique et la personnalisation des traitements  » grâce au diagnostic simultané de plusieurs molécules, explique la société.

 

Le premier kit disponible, sorti en 2015, permet aux biologistes de mesurer en même temps la concentration dans le sang de quatre immunosuppresseurs prescrits aux personnes greffées. Il résulte d'un projet collaboratif, Dosimed, labellisé par le pôle de compétitivité Alsace BioValley. Il est utilisé par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

 

 

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La géographie des deux mariés se complète bien, elle aussi. Shimadzu ne réalise en Europe que 10 % de son chiffre d'affaires de 3 milliards de dollars. Alsachim n'est pas absent de l'Asie, mais son activité se déploie principalement aux Etats-Unis et en Europe.

 

« Or l'Inde, la Chine, le Japon représentent un potentiel indéniable », selon Jean-François Hoeffler. Les perspectives sont donc bonnes pour pronostiquer croissance du chiffre d'affaires par rapport aux 3,1 millions d'€ de 2017, dont 85 % à l'export.


Et ce dossier de reprise par un étranger ne se traduit pas par la casse sociale, tout au contraire. Alsachim a déjà doublé ses effectifs : il est passé de 16 à 30 salariés.

 

Qui est Jean-François Hoeffler

 

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Jean-François Hoeffler, 43 ans, est un spécialiste du marquage, non pas de l'attaquant de foot, mais des molécules ! Diplômé de l'université Louis Pasteur de Strasbourg, il lui a consacré sa thèse, au sein du Laboratoire de chimie et biochimie des micro-organismes du professeur Michel Rohmer.

Après un début de carrière au sein du groupe Rhodia (devenu Solvay) à Saint-Fons en région lyonnaise, il est revenu en Alsace où il a retrouvé son ancien collègue étudiant Toufik Fellague au sein d'une start-up. Celle-ci n'a pas survécu.

Le duo s'est alors lancé dans l'aventure de l'entrepreneuriat par la création d'Alsachim, dont Toufik Fellague est aujourd'hui encore le directeur général. Leur décision en 2005 s'est appuyée sur un conseil prestigieux et sans ambiguité, celui du Prix Nobel de chimie strasbourgeois Jean-Marie Lehn : « Allez, foncez ! ». La suite ne lui a pas vraiment donné tort.

 

Photos fournies par l'entreprise.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Grand Est, biomédical, Bas-Rhin, biotechnologies, Alsachim, Shimadzu

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