Accord de compétitivité : l'expérience de l'alsacien Mahle-Behr

Publié par Christian Robischon, le 14 janvier 2014
L'usine de Rouffach (Haut-Rhin) du fabricant allemand de climatiseurs automobiles.
L'usine de Rouffach (Haut-Rhin) du fabricant allemand de climatiseurs automobiles.

SOCIAL. La procédure de licenciement découlant de l’accord de compétitivité va pouvoir démarrer chez Mahle-Behr à Rouffach (Haut-Rhin).

Le fabricant allemand de climatiseurs pour l'automobile illustre l’une des toutes premières applications de la flexisécurité à la française.

Les départs volontaires sont si nombreux que Mahle-Behr envisagerait fortement de recruter une cinquantaine de personnes.

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Quand 15 % de l’effectif s’en va, un accord de compétitivité justifie-t-il encore son appellation officielle d’accord de « maintien de l’emploi » ? Avec ses 159 départs sur 1 050 salariés, le cas Mahle-Behr pose forcément question.

Pour les syndicats, l’après-accord aura causé un dilemme de plus.

Durant le premier semestre, la négociation des termes mêmes du texte les avaient mis au défi : fallait-il accepter un gel des augmentations salariales pendant deux ans et la réduction des jours de RTT (10 par an au lieu de 15 dans la majorité des cas) en échange de l’absence de plan social et de la rentrée d’une commande importante promise d’abord à une usine-sœur en Tchéquie ?

Les trois principales organisations, CFDT, CFTC et Unsa penchaient pour le non avant de rejoindre dans le camp du oui, la CGT et la CFE-CGC, mais surtout aussi les deux-tiers des salariés qui s’étaient exprimés pour l’accord fin juin 2013 lors d’un référendum consultatif préalable.

Le scénario post-signature ne leur a donc pas laissé de répit. Une à une, les candidatures volontaires au départ se sont multipliées, avec l'attrait de généreuses primes extra-légales : 14 000 €, plus 600 ou 900 € par année d’ancienneté.

Conformément à l’ANI (accord national interprofessionnel) de début 2013, les licenciements sont individuels, il n’y a donc pas de PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), mais au final, les effectifs diminuent de 15 %...

Mahle-Behr envisagerait de recruter

Dans ce contexte, on comprend que l’instant de vérité, le rendu d’un avis en CE – nécessaire à l’enclenchement des licenciements quelle que soit son issue - ait été longtemps retardé.

« Face à la pression des partants, on ne pouvait plus attendre davantage », souligne Denis Pieczynski, délégué Unsa. Pressentant un clivage y compris à l’intérieur des quatre organisations syndicales siégeant au CE (toutes sauf la CGT), les représentants du personnel ont organisé un scrutin à bulletin secret.

15% de l'effectif de Mahle-Behr a été séduit par des primes extra-légales.
15% de l'effectif de Mahle-Behr a été séduit par des primes extra-légales.

Verdict : un avis favorable par 4 voix contre 3. « Ce vote a été difficile, il est plus humain que syndical, chacun s’est prononcé en fonction de son ressenti. Ce qui importait, c’était de rendre l’avis :  ceux qui partent peuvent ainsi définitivement tourner la page Mahle-Behr et ceux qui restent, peuvent passer aussi à une autre étape », commente Pascal Patou, représentant la CFTC.

Son collègue de la CGT ne cache pas avoir voté contre. L’ampleur des départs a motivé son choix.

Les départs volontaires sont si nombreux que Mahle-Behr envisagerait fortement de recruter une cinquantaine de personnes, ce qui le ramènerait à son objectif d’une centaine de suppressions de postes, sans passer par le plan social initialement prévu.

Le directeur de l’usine Henry Baumert garde depuis plusieurs mois un silence prudent.

Son discours jusqu’à cet automne se centrait sur la nécessaire baisse des coûts pour faire face à la concurrence en général et pour obtenir le transfert de charge depuis l’Europe de l’Est. L’accord de compétitivité n’est qu’une facette de ce chantier qui agit sur le volet coût de main d’œuvre, soulignait-il.

La vague de départs fragilise même l’ANI national, dans la mesure où Mahle-Behr constitue l’une des toutes premières applications, très médiatisée de surcroît,  de cette flexisécurité à la française.

La Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence et des fraudes) Alsace s’est penchée sur le dossier, avant visiblement de ne pas insister.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Emploi - Formation

Mots-clés : Alsace, plan social, accord de compétitivité, Mahle-Behr, équipementier automobile

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