A Besançon, CRL Ecosolutions s’apprête à transformer les asticots en plastique

Publié par Monique Clémens, le 12 juin 2018

BIOCHIMIE/DOUBS. Le chitosan qu’envisage de produire cette start-up verte à partir de larves d’insectes pourrait être facilement transformé en plastique biodégradable.

Hamed Cheatsazan,  installé à Besançon, planche depuis 2014 sur le procédé de fabrication de ce polymère écologique et s’apprête à lancer une usine pilote.

Pour faire avancer son projet, il s'appuie sur les gestionnaires de déchets des collectivités locales et les entreprises de l'agroalimentaire.

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Le chitosan, un déchet d'origine crustacée, peut se transformer en plastique biodégradable.

 

Nom de code du projet : ZistNest. La SAS créée en mars 2018 pour le porter a été baptisée CRL Ecosolutions et vise rien moins que sauver la planète avec un simple polymère écologique ! Hamed Cheatsazan, scientifique spécialiste d’écologie, le dit avec humour mais son idée n’en reste pas moins ambitieuse.

 

Confronté à la prolifération des plastiques lors de travaux de terrain pour le CNRS, en Ariège, et après avoir entendu parler des vertus d’un polymère écologique et biodégradable appelé le chitosan [prononcez « kitosan »], il s’était lancé dans la mise en place de tout le process de production.

 

« Le chitosan a beaucoup d’applications et sa transformation en plastique biodégradable est facile », explique-t-il. « Il a des propriétés antifongiques, antibactériennes, absorbe les toxines et les résidus pharmaceutiques. »

 

Mais d’où vient ce produit miracle ? « C’est un déchet d’origine crustacée, une matière dont la forme active est la chitine [prononcez « kitine », ndlr]. Le problème, c’est son processus d’activation long, coûteux et… polluant. Dans le monde, on en produit 5.000 à 10.000 tonnes par an pour des applications pharmaceutiques et médicales, entre autres. »

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Arrivé à Besançon en 2013, le chercheur iranien travaille véritablement sur le concept depuis 2014. Premier défi : mettre au point un procédé d’activité à la fois écologique et économique. Les crustacés étant rares dans l’Est de la France, il avait assez vite choisi de travailler avec les insectes, et plus précisément leurs larves. « L’asticot, c’est 7% de chitine, mais il fallait trouver une solution pour produire. » La mise au point du procédé faite, l’étape suivante consista à identifier les fournisseurs possibles.

Et c’est là que le projet dût prendre encore un nouveau virage : malgré le décollage de la production d’insectes en France, le rendement est encore trop faible. Il en faut plus pour décourager le chercheur. « On a alors travaillé sur un concept de productions d’insectes, avec des partenaires de proximité qui seraient dans un état d’esprit écologique. C’est alors que nous avons pensé aux collectivités locales et à leurs solutions de compostage, avec les unités de recyclage de déchets organiques qui pouvaient alimenter la production d’insectes. »

 

Des entreprises agroalimentaires qui ont des problèmes de déchets à résoudre

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Tout le défi réside dans la capcité à faire du chinozan une matière première accessible à l'industrie du plastique.

 

Le chitosan ainsi produit coûterait moitié moins cher que celui produit en Chine, assure-t-il. Le concept devrait permettre aussi aux collectivités de créer des emplois non qualifiés. « Avec deux tonnes de déchets par jour, on finance trois Smic », estime Hamed Cheatsazan. Deux tonnes de déchets permettraient ainsi, selon lui, de produire 100 kilos de larves, qui elles-mêmes produiraient 10 à 15 kilos de chitosan.

Le chercheur installé à Besançon n’est pas le seul à plancher sur ce produit mais son modèle de production à partir de déchets organiques est unique. Déjà, il a pris des contacts avec des entreprises agroalimentaires de la région qui ont à résoudre, elles aussi, leurs problèmes de déchets.

Quant aux collectivités locales, des négociations sont en cours pour nourrir une première ligne pilote, dont le démarrage est prévu en 2018 ou 2019. « Il s’agira de réaliser le produit de traitement du digestat de méthanisation, et pour cela nous travaillons avec ITH, une entreprise d’Arc-les-Gray chargée de mettre au point l’outil d’industrialisation. »

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Hamed Cheatsazan compte un associé « business développeur », à Paris - qui travaille sur le financement et, déjà, sur le déploiement international - et trois autres issus du tissu universitaire et économique régional. Créée sous forme de SAS, CRL Ecosolutions a pour mission de protéger la propriété intellectuelle des brevets.

 

D’ici la fin de l’été, une deuxième société sera lancée pour exploiter l’innovation et devra réunir 500.000 € dans le but de financer l’usine pilote et 150.000 € pour mettre au point les kits de production - les kits étant les unités de recyclage des bio-déchets par les insectes.


Le chercheur a passé un an à présenter son projet et construire un réseau de partenaires impliqués. Les étapes suivantes, déjà, s’esquissent : après la ligne pilote, « une première usine traitant dix tonnes d’insectes par jour et 15 à 20 kits à proximité ». Et à partir de 2020, un déploiement national et international. Les asticots n’ont qu’à bien se tenir…

 

Qui est Hamed Cheatsazan ?

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Les crustacés étant rares dans l’Est de la France, Hamed Cheatsazan travaille sur les asticots qui contiennent 7% de chitine.

 

Attaché de recherche dans un institut biomédical, Hamed Cheatsazan avait fait le choix, dans son pays d’origine, l’Iran, de « travailler sur l’impact de grands projets sur l’environnement et l’écologie ». La suite se passe en France : en 2010, lui et son épouse arrivent en région Midi-Pyrénées, à proximité de l’université de Toulouse, leur premier port d’attache.

Là, le chercheur a pu travailler dans une station CNRS de l’Ariège sur une maladie infectieuse d’un amphibien des Pyrénées. Des travaux qui ont duré 4 ans et lui ont permis d’obtenir son diplôme de docteur en écologie des maladies infectieuses.
L’étape suivante sera Besançon, à partir de 2013, où son épouse, Vahideh Rabani, obtient une bourse de recherche biomédicale à l’Université de Franche-Comté. Hamed Cheatsazan la suit et se plonge dans le projet qu’il a esquissé à Toulouse : produire du plastique biodégradable. « J’avais trouvé des morceaux de plastique dans les étangs, ça avait été la petite étincelle. »
Avant d’être véritablement créée, la société CLR Ecosolutions s’est préparée deux ans à éclore à l’incubateur de Franche-Comté. Le projet lui a valu un prix national Talent des cités 2017 et, à ce titre, un parrainage par la Caisse des Dépôts.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Innovation

Mots-clés : Besançon, Doubs, recyclage, recherche et développement, matières plastiques, Bourgogne Franche-Comté, Hamed Cheatsazan, CRL Ecosolutions, chitosan, Talents des cités 2017, ZistNest

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